Réussir porc 12 octobre 2015 à 08h00 | Par Claudine Gérard

Accords transatlantique et transpacifique : se préparer à une libéralisation des échanges

Le débat organisé à Paris par Inaporc ne laisse aucun doute sur le fait que les États-Unis entendent bien exporter leurs produits agricoles, y compris de la viande de porc, vers l’Europe. Mais tout d’abord, ils s’intéressent au marché asiatique, plus porteur. Ce qui pourra aussi être lourd de conséquence pour les pays de l’UE.

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L'arrivée des États-Unis sur les marchés asiatiques aurait inévitablement des conséquences pour les fournisseurs européens, par « effet de ricochet ».
L'arrivée des États-Unis sur les marchés asiatiques aurait inévitablement des conséquences pour les fournisseurs européens, par « effet de ricochet ». - © P. Bourgault

Nous n’avons pas fini d’entre parler du TTIP (prononcer ti-tip), acronyme de Transatlantic trade and investment partnership, autrement dit, accord transatlantique sur l’investissement et le commerce. Inaporc en a fait l’objet du débat organisé au cours de son assemblée générale à Paris en juillet 2015. Avec une table ronde réunissant des experts qui ont permis de comprendre les enjeux : les États-Unis œuvrent pour un traité bilatéral avec l’Europe (TTIP) qui leur ouvrirait des marchés, en particulier pour leurs produits agricoles. Mais ils sont avant tout intéressés par un autre traité, transpacifique celui-là, (le TTP) qui leur ouvrirait des marchés vers l’Asie, beaucoup plus porteurs compte tenu de la demande de cette région du globe. Le problème se complique sachant que ce traité transpacifique aura aussi inévitablement des conséquences pour l’Europe qui se retrouverait en compétition avec les États-Unis sur des marchés majeurs si ce n’est en volume, du moins en valeur.

Des accords bilatéraux à défaut d’accords multilatéraux

Pour comprendre la genèse de ces tractations, Yves Tregaro, chef de l’unité produits animaux, pêche et aquaculture de FranceAgrimer, a expliqué le contexte et les enjeux d’accords bilatéraux. Il faut revenir à l’histoire de la libéralisation des échanges internationaux, et ses échecs avec la création du GATT, et l’arrivée de l’agriculture dans ces discussions en 1995. À l’époque, il s’agissait de l’Uruguay Round, initié en 1995 et clos en 2001. Entre-temps, un nouveau cycle de négociations s’était ouvert à Seattle (1999), puis le cycle de Doha en 2001, « cycle toujours pas conclu ! La négociation dans l’impasse a amené certains États membres de l’OMC à engager des négociations bilatérales pour avancer ».

Y compris en matière agricole et particulièrement pour la fourniture de produits carnés. Il s’agit entre autres de réduire les droits de douane existants et/ou d’octroyer un contingent avec un droit de douane réduit. L’économiste s’est donc livré à des calculs en comparant les prix intra UE d’épaules et de jambons avec ceux de ces pièces qui arriveraient dans l’Union et en tenant compte des droits de douane (600 à 780 €/tonne). Il constate que, entre 2008 et 2010 d’une part, et 2012 et 2014 d’autre part, le différentiel de prix entre les pièces UE et celles en provenance des États-Unis était quasiment nul, « ce qui signifie qu’à ces périodes, il y aurait eu pour les États-Unis des opportunités d’exporter des épaules et des jambons en Europe ».

 

Les experts de la table-ronde : de gauche à droite, Laurie Bryant, conseil américain des importateurs de viande ; Yves Tregaro, FranceAgrimer ; Ralph Ichter, Euroconsultats, Washington ; Claire Cheremetinski, DG Trésor ; Thierry Meyer, comité export d'Inaporc.
Les experts de la table-ronde : de gauche à droite, Laurie Bryant, conseil américain des importateurs de viande ; Yves Tregaro, FranceAgrimer ; Ralph Ichter, Euroconsultats, Washington ; Claire Cheremetinski, DG Trésor ; Thierry Meyer, comité export d'Inaporc. - © C. Gérard

Du jambon congelé US pourrait arriver en Europe

Conséquence directe d’une éventuelle « position offensive des États-Unis sur du jambon brut congelé vers l’UE : avec des droits de douane nuls ou réduits : un déséquilibre des pièces et des difficultés de valoriser correctement les carcasses ».

Mais ce scénario se heurte toutefois à des recours que les États membres peuvent faire valoir, en particulier sur les « préférences collectives » et des barrières non tarifaires, à savoir des conditions en termes de bien-être animal, de réglementation environnementale, de risques sanitaires…

Par ailleurs, Claire Cheremetinski, sous directrice de la politique commerciale de la direction générale du Trésor tempère ce risque : « Le porc fait partie des produits dits « sensibles, qui ne bénéficieraient pas a priori de libéralisation des droits de douane. Il faudra par ailleurs conclure un accord, soumettre le projet au Conseil européen et le faire ratifier par le parlement et les 27 États membres….et engager des processus d’agrément sanitaire."

Des retombées indirectes d’un traité transpacifique

Il ne s’agit toutefois pas d’en rester à ces considérations, car la menace pour l’UE viendra d’abord d’un probable accord transpacifique entre les États-Unis et l’Asie. Ralph Ichter, président d’Euroconsultant à Washington en explique les raisons : pour les États-Unis, un accord transpacifique est important car la croissance est à l’Est, particulièrement au Japon, mais aussi en Chine, que les États-Unis veulent « encercler économiquement. Un accord commercial est aussi important qu’une présence militaire. Un accord transpacifique vaut bien une flotte de porte-avions en mer de Chine ». Or l’arrivée des États-Unis sur les marchés asiatiques aurait inévitablement des conséquences pour les fournisseurs européens, par « effet de ricochet ». Thierry Meyer, président du comité expert d’Inaporc (et directeur de la filière porc du groupe Bigard) le confirme : « Le Japon représente peu de volumes pour nos exportations, mais en valeur elles comptent beaucoup. Et nous devrons être très vigilants sur les règles qu’imposeront les Américains et exiger les mêmes vis-à-vis de nos clients asiatiques ». Pour Laurie Bryant, président du conseil américain des importateurs de viande (MICA), il n’y a pourtant aucun doute : cet accord transpacifique sera signé à la fin de l’année 2015. Quant aux accords transatlantiques, « les Européens devront admettre qu’au final, c’est le consommateur qui décidera s’il accepte la viande produite selon les critères américains ou non. » Nous sommes donc prévenus.

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