Réussir porc 25 février 2014 à 08h00 | Par Propos recueillis par Christophe Reibel

Albert Hortmann-Scholten, chambre d’agriculture dE Basse-Saxe - « Produire en Allemagne va devenir nettement plus cher »

De nouvelles contraintes renchérissent et freinent la production. Elles mettent un terme à la croissance du numéro un de la production porcine en Europe.

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Albert Hortmann-Scholten. « En Allemagne, la production porcine intensive est très critiquée. »
Albert Hortmann-Scholten. « En Allemagne, la production porcine intensive est très critiquée. » - © C. Reibel

. Comment s’explique le succès de la filière porcine allemande ?


La production s’appuie sur des exploitations familiales aux bases financières solides qui se fixent en général pour règle de ne jamais dépasser un taux d’endettement de 60 %. Ces fonds propres leur ont permis de mieux passer la crise économique et de supporter des prix bas. Dans les deux principaux bassins de production (Ndlr : Basse-Saxe et Rhénanie-Westphalie), la croissance est venue d’une part, de bonnes infrastructures routières et fluviales, et d’autre part d’un réseau dense d’usines d’aliment composé, performantes et compétitives en prix. En 2011, les abattages allemands ont établi un record de presque 60 millions de têtes. Je pense qu’il sera difficile de le battre. Quelques engraisseurs augmentent encore leur capacité, mais beaucoup de naisseurs sont résignés.


. Le modèle allemand est-il en bout de course ?


Il doit s’adapter à un nouveau contexte. Le porc intensif est très critiqué. D’où peut-être le recul marqué de la consommation ces dernières années. La société attend des éleveurs qu’ils produisent de la viande saine et bon marché tout en respectant le bien-être animal, le consommateur, l’environnement et le climat. Cela fait beaucoup de choses à concilier en même temps ! Produire en Allemagne va devenir nettement plus cher. Le bien-être animal est une demande de plus en forte des défenseurs de la cause animale et des consommateurs. Il a incité la filière à discuter d’un label plus restrictif que la réglementation. Il doit identifier la viande. Des primes devraient encourager les éleveurs à augmenter la surface par porc et à aménager des aires d’exercice, mais ce ne sera pas possible partout. La grande distribution est la première à s’engager pour le porc bien-être, mais début décembre 2013, trois discounters ont négocié des prix en baisse sur une large palette de produits, entraînant jusqu’à 10 % de baisse de prix de la viande fraîche !

. Quels éléments vous portent à croire que la phase d’expansion de la production se termine ?


La production allemande est en train de perdre les avantages qui la rendaient compétitive. En Basse-Saxe, les éleveurs en zones d’excédents azotés doivent exporter leur lisier à un tarif de 10 à 14 €/m3 en fonction de la période de l’année. Cette obligation renchérit de 5 à 7 € le coût de production de chaque porc engraissé. Certains bâtiments existants de plus de 1500 places ainsi que les nouveaux ateliers au-delà de 2000 places d’engraissement, 6000 places de PS ou de 750 truies sont désormais tenus d’ajouter ou de prévoir un système de lavage d’air qui représente un surcoût de 6 à 7 € par porc. L’autorisation de construire en plein champ de nouveaux ateliers a été retirée aux élevages de plus de 1500 places d’engraissement, 4500 places de PS ou 560 truies. Les grands ateliers sont soumis aux mêmes normes dès qu’ils se modernisent. S’agrandir va devenir de plus en plus difficile alors que ces ateliers en ont besoin pour diluer leurs frais fixes. Sauf à automatiser un peu plus leurs chaînes, les abatteurs subiront eux une hausse de leurs coûts salariaux du fait de la mise en place d’un salaire minimum.


. Le danger peut-il encore venir d’ailleurs ?


L’internationalisation croissante des échanges se traduira par une concurrence accrue. Bien qu’autosuffisante, l’Allemagne importe essentiellement du Danemark, des Pays-Bas et de Belgique sous forme de viande et de produits transformés, l’équivalent de 14 kg de porc par tête et par an. Ces volumes pourraient provenir demain de pays tiers comme l’Amérique du Sud où le foncier, l’eau et la main-d’œuvre ne sont pas des facteurs limitants et d’Amérique du Nord qui profitera de ses accords de libre-échange avec l’Union européenne.

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