Réussir porc 12 novembre 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Dominique Poilvet

« Cooperl ne souhaite pas la fin du MPB »

Malgré le retrait de Cooperl Arc Atlantique et la mise en place d’un prix d’acompte, les dirigeants de la coopérative se disent prêts à revenir à la cotation de Plérin sous certaines conditions. Entretien avec Patrice Drillet, président de Cooperl Arc Atlantique.

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Patrice Drillet : "Le mâle entier n’a pas influé sur l’état de nos stocks, car la plupart de nos partenaires commerciaux jouent le jeu. »
Patrice Drillet : "Le mâle entier n’a pas influé sur l’état de nos stocks, car la plupart de nos partenaires commerciaux jouent le jeu. » - © D. Poilvet

Depuis août, le marché du porc breton est fragilisé. Regrettez-vous cette évolution ?

Oui. Cooperl Arc Atlantique a pris la décision de quitter le cadran car sa cotation ne reflétait plus la réalité des marchés et compromettait gravement l’avenir de l’entreprise. Mais nous ne souhaitons pas la fin du Marché du Porc Breton (MPB). Au contraire, nous voulons qu’il continue de fonctionner sur la base d’un règlement qui lui permette de définir un prix juste.

Cooperl Arc Atlantique est-il prêt à revenir au MPB ?

Nous avons participé à toutes les réunions auxquelles nous étions conviés. Nous avons toujours souhaité dialoguer avec la direction du MPB pour réformer son fonctionnement, et nous avons fait des propositions dans ce sens. Nous sommes prêts à revenir si nos propositions sont retenues : un cadran à un seul tour, et suppression du prix de retrait. Nous souhaitons aussi la suppression de l’affectation systématique des invendus, qui dévie le marché de son fonctionnement normal par le confort qu’elle apporte aux vendeurs. Mais une cotation qui reflète la réalité du marché devrait générer beaucoup moins d’invendus.

Quelles ont été les conséquences du « prix politique » sur la rentabilité de vos outils d’abattage et vos stocks en congelé ?

Avec le cours à 1,40 €/kg pendant tout l’été, Cooperl Arc Atlantique avait perdu des parts de marché non seulement sur les marchés export, mais aussi sur la France pour des produits destinés à la transformation. À partir du moment où nous avons décidé d’appliquer un prix d’acompte, nous avons recollé à la réalité du marché. Ce prix a permis d’améliorer la situation de l’entreprise et de déstocker la marchandise. Cela a redonné de la fluidité au commerce. Nos stocks sont en phase de normalisation. Il n’y a pas de retards d’enlèvements dans les élevages. Je tiens à dire, par ailleurs, que le mâle entier n’a pas influé sur l’état de nos stocks, car la plupart de nos partenaires commerciaux jouent le jeu. Nous n’avons à ce jour aucune rétorsion commerciale liée à la production de mâles entiers. Il faut rappeler que les Espagnols ne castrent pas, et qu’ils sont les premiers fournisseurs sur le marché français.

La valorisation de vos porcs sur le marché français peut-elle permettre une rémunération de vos adhérents supérieure au prix allemand ?

 

Sur le marché français, le porc pourrait être mieux valorisé si les opérateurs de la salaison jouaient le jeu de l’origine France, ce qui n’est pas toujours le cas actuellement. L’accord des 1,40 €/kg n’a porté que sur la viande fraîche et une partie de la salaison en marques distributrices. Cela a laissé le champ libre à une forte augmentation des importations pour élaborer les produits transformés non soumis à ce prix. La valorisation de notre production sur le marché national ne peut se faire que si l’origine France est clairement mentionnée pour que le consommateur fasse son choix en connaissance de cause. Nos concurrents l’ont bien fait pour protéger leurs marchés intérieurs et être performants à l’export. Cette mesure sera encore plus nécessaire si les accords de libre-échange avec l’Amérique du Nord, en cours de négociation, aboutissent.

En même temps que la création du prix d’acompte, vous avez annoncé à vos adhérents une baisse du prix de l’aliment. Quel est le sens de cette mesure ?

À partir du moment où la pérennité de l’entreprise est assurée grâce à un prix de marché cohérent, Cooperl Arc Atlantique se concentre sur la compétitivité de ses adhérents par la fourniture d’intrants au meilleur rapport qualité-prix. C’est le cas de l’aliment, mais aussi de la génétique, des matériaux, des services… Bref, de tout ce qui compose le prix de revient du porc chez les éleveurs.

Pourquoi Cooperl n’a-t-elle pas intégré la SAS Viande Export créée par le gouvernement pour fédérer les industriels de la viande à l’export ?

Pour le moment, l’action commerciale de la SAS Viande Export n’est active que pour les produits bovins. Par ailleurs, Cooperl Arc Atlantique est déjà très présent à l’export, dans 47 pays. Le commerce se fait sur la base de relations de confiance entre le vendeur et l’acheteur. Se réunir entre plusieurs opérateurs, par ailleurs concurrents, pour vendre à l’étranger peut devenir rapidement contre-productif. En revanche, des actions communes sont possibles, par exemple pour obtenir des informations sur les pays clients ou pour promouvoir le porc français.

Le développement des marchés exports peut-il être une solution pour désengorger les marchés européens et faire remonter les cours ?

Les perspectives sont prometteuses dans certaines régions du monde, en Asie du Sud-Est notamment. Nous avons une mission commerciale en Chine qui nous permet de développer notre chiffre d’affaires dans ce pays et dans d’autres pays voisins. Mais nous ne sommes pas les seuls vendeurs au monde. La dévaluation récente de la monnaie chinoise complique les choses. Il existe une lueur d’espoir, mais l’expérience du passé nous démontre que les perspectives prometteuses ne se concrétisent pas toujours.

Quelles sont alors les pistes à développer pour envisager à nouveau une croissance de la production ?

La profession doit se fédérer pour que la filière retrouve de la compétitivité industrielle qui nous fait tant défaut vis-à-vis de nos concurrents. Pour le moment, le gouvernement n’a rien engagé dans ce sens. Les coopératives ne peuvent pas bénéficier du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Les coûts du travail et de la fiscalité sont toujours largement supérieurs à ceux de nos concurrents, l’Allemagne en particulier, où les travailleurs détachés ne sont pas payés au nouveau Smic allemand. Mais pour cela, il faudrait que nos interlocuteurs prennent le temps de comprendre nos problèmes, ce qui n’est pas le cas actuellement.

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