Réussir porc 18 juin 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« Des délais de paiement se sont allongés de douze jours depuis cinq mois »

Directement impactés par les difficultés des éleveurs de porcs, les fabricants d’aliment bretons affirment leur soutien technique et financier dans le contexte de crise. Analyse d'Hervé Vasseur, président de Nutrinoë et Feedsim.

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- © C. Gérard

Vous déclarez accompagner les éleveurs de porcs dans le contexte que nous connaissons. Concrètement, qu’en est-il ?

Quelle que soit la conjoncture, il est important de rappeler que l’ensemble des fabricants d’aliment travaillent au quotidien pour améliorer toujours les performances des élevages, en particulier au niveau des croissances et des indices de consommation. Nos équipes très spécialisées d’ingénieurs, de techniciens et de vétérinaires accompagnent les producteurs dans cette course à la compétitivité. Mais dans la conjoncture actuelle, notre rôle va bien au-delà et revêt un aspect financier majeur car nous sommes totalement impliqués dans la crise. Quelques chiffres : en Bretagne, nous produisons chaque année 3,5 millions de tonnes d’aliment. À raison de 250 euros la tonne en 2014 pour un programme alimentaire « naisseur-engraisseur », cela représente environ 900 millions d’euros de chiffre d’affaires. Soit environ 75 millions par mois. Or nos délais de paiement se sont allongés de douze jours en moyenne depuis novembre 2014, soit une contribution d’un montant de 30 millions d’euros par mois de trésorerie de la part de nos entreprises.

Vous jouez en quelque sorte le rôle de banquier ?

Absolument. Nous constatons que les banques deviennent de plus en plus frileuses pour accompagner les investissements de court et moyen terme et sous-évaluent les besoins des producteurs en fonds de roulement. Nous tentons ponctuellement de pallier à ces carences banquaires alors qu’en réalité cela n’est pas de notre ressort.

Vous le faites pourtant, malgré une rentabilité très faible du secteur ?

Indépendamment du contexte actuel, le secteur de l’alimentation animale dégage depuis longtemps des marges extrêmement faibles, de moins de 1 % du chiffre d’affaires. Mais pour autant il nous apparaît indispensable de ne « pas lâcher » et de rester de réels partenaires des éleveurs, surtout dans ces périodes difficiles. Nous croyons en la production porcine bretonne. Contrairement à d’autres bassins de production porcine, notre spécificité est que les fabricants d’aliment restent très proches des éleveurs. Nos entreprises sont soit des coopératives locales, soit des entreprises privées à capitaux familiaux, dans les deux cas ancrées dans le territoire.

Votre secteur doit-il, comme celui de l’aval, se restructurer pour gagner en compétitivité ?

Tout d’abord, tous les indicateurs s’accordent sur le fait que les coûts alimentaires en Bretagne et en France sont parmi les plus compétitifs au niveau européen. Ce qui est le résultat d’une excellente technicité des éleveurs et des fabricants d’aliment. Il est bon je pense de le souligner. Quant aux restructurations du secteur de l’alimentation animale, elles ne cessent de s’opérer, mais, contrairement aux secteurs d’aval, je dirais qu’elles se font à bas bruit. Face à la baisse des volumes depuis plusieurs années, la profession a réduit le nombre de ses outils, de ses salariés depuis sept ans. Même si ce n’est pas dans les journaux, le secteur est dans une dynamique permanente pour adapter son activité aux besoins. Et au quotidien, tous les acteurs œuvrent pour diminuer les coûts de production, au niveau de l’élevage comme dans les usines d’aliment.

Concrètement, qu’est ce que cela signifie ?

Très en amont, nous pouvons souligner la qualité de notre R & D. En permanence, des spécialistes travaillent pour optimiser les formules d’aliment, les rendre encore plus efficientes, donc participer à l’amélioration des performances, et de facto à la réduction coûts et des rejets. Nous recourrons sans cesse aux progrès permis par l’amélioration des connaissances sur les matières premières, les enzymes et autres solutions pour mieux les valoriser. Pour preuve, les aliments d’aujourd’hui permettent des performances toujours améliorées avec des taux de protéines toujours en baisse, donc un besoin toujours réduit en protéines d’importation, soit une meilleure autonomie en matières premières et toujours moins de rejets.

Que pouvez-vous à ce jour annoncer aux éleveurs quant au prix de l’aliment pour les mois à venir ?

Il est toujours hasardeux de prévoir l’avenir dans nos métiers. Mais compte tenu des derniers éléments – de bonnes récoltes mondiales – en notre possession, nous pouvons croire à une relative stabilité des prix des matières premières végétales, donc de l’aliment. En tout état de cause, les distributeurs ne doivent pas compter sur une baisse significative du coût alimentaire sur le prix de revient du porc !

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