Réussir porc 16 juin 2014 à 08h00 | Par Claudine Gérard

Des raisons d’être optimiste... malgré un exercice 2013 difficile

L’analyse des exercices clôturés par le CERFrance Côtes-d’Armor montre que l’exercice 2013 n’a pas été bon en raison du prix de l’aliment mais que plusieurs clignotants sont quand même au vert. Explications de Georges Douguet, du centre de gestion.

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- © Infographie Réussir

« Il y a de bonnes raisons pour penser que, malgré une année 2013 difficile pour certains, et après la mise aux normes, la volonté de partir dans un cycle de confiance dans le métier revient, et plusieurs indicateurs sont là pour le prouver », analyse Georges Douguet, économiste au CERFrance Côtes-d’Armor. En particulier les investissements reprennent, la conjoncture retrouve des couleurs et les taux d’endettement sont en moyenne moins pénalisants.
Une analyse « brute » des exercices clôturés fin 2013 peut pourtant laisser penser que la bonne année que tous les producteurs attendent n’a encore pas été au rendez-vous, essentiellement en raison du prix de l’aliment qui a atteint des sommets sur le premier semestre 2013, puis est redescendu pour s’établir en moyenne à 289 euros/tonne, tous types d’aliment confondus et plus de 300 € pour 100 % en achat. Georges Douguet précise que l’écart entre les éleveurs qui achètent l’intégralité de leurs aliments et ceux qui fabriquent se creuse puisqu’il s’établit à 35 euros/tonne sur le coût matière. « Même en incluant les amortissements et frais de fabrication, l’écart est donc clairement en faveur sur ce critère. Un écart qu’il convient toutefois de moduler par l’indice de consommation qui reste favorable aux éleveurs utilisant l’aliment complet. »
Côté indices de consommation, la tendance à la baisse s’est poursuivie en 2013, mais avec un léger ralentissement par rapport aux années passées. Georges Douguet précise que l’écart entre les « groupes 10 % inférieurs et 10 % supérieurs » s’est amenuisé, passant de 0,57 en 2 000 à 0,40 en 2013. Il explique ce phénomène par l’arrêt d’activité des ateliers qui affichaient les indices les plus élevés, « ceux-ci ne pouvant résister en période de prix d’aliment très élevés que ce que nous avons connu ». Il reste qu’entre les 10 % les plus élevés et les 10 % les plus bas, ces 0,40 points d’indice représentent un écart de coût de revient de 10 à 14 c/kg de carcasse. Une situation qui devrait perdurer, selon l’économiste qui constate que, contrairement à une dizaine d’années, on ne connaît plus réellement de « points bas » dans le prix de l’aliment. « Même si le contexte n’est pas catastrophique, il existe une tension permanente sur le coût des matières premières, en particulier sur le blé. »


Reprise sensible des investissements


Autre fait marquant de cette année 2013, les charges de structure augmentent pour atteindre 0,375 c/kg de carcasse : l’énergie, les charges sociales, augmentent, mais aussi les investissements, et ceci d’ailleurs quelles que soient les productions dans le département. Pour autant, Georges Douguet précise que les annuités n’ont pas beaucoup augmenté, car beaucoup d’ateliers arrivaient en fin de prêts (les stations de traitement, les bâtiments…). « Ces élevages ont donc à présent la possibilité de réinvestir dans l’outil ! »
L’état des trésoreries dépend beaucoup du mois de clôture et les écarts s’expliquent essentiellement par le prix de l’aliment. Celui-ci étant resté très élevé au premier semestre 2013, les exercices clôturés en cours d’années se soldent par des trésoreries dégradées. Tandis que les exercices clôturés plus tard qui ont pu bénéficier de la baisse de l’aliment au deuxième semestre s’en sortent mieux.

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Un endettement de 600 euros par truie en moyenne


Au final, l’année 2013 se traduit par un léger déficit de trésorerie de deux centimes d’euro par kilo environ pour l’atelier porc, ceci avant la prise en compte de l’impact des autres productions notamment les céréales. Le revenu moyen des clôtures comptables de fin d’année est par contre en forte baisse. La marge brute de l’atelier porc subit en effet une baisse logique de valeur du stock en 2013 à l’inverse de 2012, à près de 860 euros par truie. Elle est donc loin de couvrir le seuil minimum qui grimpe à 980 euros pour couvrir des charges de structure en hausse et un objectif de revenu minimum. Le revenu est de plus pénalisé par de mauvaises marges des cultures notamment du maïs grain.
L’endettement à court terme (trésorerie nette global TNG= créances + disponibilités – dettes à court terme) se situe en moyenne à – 660 euros par truie.
« La « bonne barre » se situe de – 400 à - 450 euros par truie », calcule Georges Douguet. « Ce qui signifie que 60 % des élevages ont une trésorerie qu’on peut qualifier de pas très saine. Mais 40 % sont en très bonne situation… ». Par ailleurs, ce taux d’endettement a tendance à baisser puisqu’il s’établit à 70 % en moyenne, contre 80 % en 2009. « Mais en réalité, et compte tenu d’une partie du résultat qui, depuis trois à quatre ans, est réinjecté dans l’atelier, la dette réelle progresse de 140 euros par truie », tempère-t-il. « Ce n’est pas très grave dans la mesure où cette dette nette s’établit à 0,94 c/kg de porc produit. Bien moins que celle des années 90 où, avec 1,60 c/kg, les éleveurs gardaient toute la confiance de leurs banquiers ! »
Pour toutes ces raisons, Georges Douguet constate que les éleveurs ont des raisons de prendre confiance dans l’avenir, et qu’il suffirait de cours au rendez-vous pour concrétiser cette reprise. Selon lui, pour compenser les deux premiers mois de 2014, avec un bilan négatif entre coût de production et prix perçus, il faudrait une croissance soutenue jusqu’en automne, avec, pourquoi pas, des niveaux qui perceraient ce « plafond » des 1,70-1,80 euros par kilo qu’on ne parvient pas à dépasser. Et ensuite ne pas fléchir en automne… « Alors l’année 2014 pourrait être celle que les éleveurs attendent depuis cinq ans. »

 

L'intégralité de l'article est à découvrir dans Réussir Porcs de mai 2014 :  R. P. n°215, p. 14-15.

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