Réussir porc 05 mai 2016 à 08h00 | Par Michel Portier

Epandre le lisier à la dose près

John Deere lance un capteur embarque? qui analyse en continu la composition du lisier, et de?termine la vitesse d'avancement de l'e?pandage en fonction des objectifs de fertilisation.

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Le Manure Sensor calcule la vitesse à adopter de manière à respecter la dose d'azote, sauf lorsque le phosphore atteint la valeur seuil.
Le Manure Sensor calcule la vitesse à adopter de manière à respecter la dose d'azote, sauf lorsque le phosphore atteint la valeur seuil. - © A. Ehhalt

Après avoir intégré les systèmes DPA améliorant la répartition longitudinale et des équipe- ments d'épandages (rampes à pendillards et enfouisseurs) garantissant la répartition transversale, les tonnes à lisier semblent armées pour offrir un épandage régulier et précis. Subsiste toutefois un biais majeur dans ce niveau de précision : la connaissance de la valeur fertilisante du lisier. Les analyses réalisees sur différents types de lisier confirment l'hétérogénéite de leur teneur en éléments fertilisants, selon que le lisier est prelevé en début, milieu ou fin de fosse, et selon le niveau de brassage. « On observe des différences de 1 a 5 », annonce Julie Brun chez Samson. « Sur des lisiers de porc, la teneur en azote peut varier de 2 a 7 unités », ajoute Aurélien Nucera chez Pichon. C'est a partir de ce constat que John Deere a développé son capteur d'analyse du lisier (Manure Sensor) en réutilisant la technologie proche infrarouge de son capteur de matière sèche (et fibres ADF, NDF, protéine, amidon) HarvestLab embarque sur ses ensileuses.

Un capteur infrarouge mesurant les fertilisants

Le capteur est installé au niveau de la vidange de la tonne à lisier, permettant une analyse en temps reel (4000 fois par seconde)    des    principaux    composants : azote total (N), phosphore (P), potassium (K), azote ammoniacal (NH4) et matière sèche. Le capteur est relié à un boîtier de calcul, lui-même connecté au boîtier de gestion de la tonne à lisier et à une console John Deere GSD 2630 en cabine. Le système compile ainsi les informations du débitmètre et du capteur NIR pour calculer la vitesse cible a adopter en fonction de la dose désirée. Le paramétrage de la dose tient compte de deux critères : une valeur cible pour un premier élément et une valeur limite pour un second. « On peut choisir une dose cible de 90 unités d'azote et une dose limite de 50 unités de phosphore. Le Manure Sensor va réguler la vitesse de manière à respecter la dose d'azote, sauf lorsque le phosphore atteint la valeur seuil », illustre Franc?ois Helfter de chez John Deere. Dans la pratique, la consigne de vitesse s'affiche sur l'écran de la console et le chauffeur régule la vitesse du tracteur en conséquence.

La dose regulée par la vitesse du tracteur

Dans un deuxieme temps, si le tracteur n'est pas capable d'atteindre la vitesse cible, le système peut agir sur le débit de la tonne à lisier (avec certains modèles). « Le fonctionnement optimal est obtenu en agissant uniquement sur la vitesse, afin de conserver un débit constant, le mieux adapté à l'équipement de la tonne à lisier », estime cependant le spécialiste. Avantage réservé pour l'instant à certains tracteurs John Deere équipés d'une transmission à variation continue ou d'un powershift de nouvelle génération (e23), le système peut piloter automatiquement la vitesse du tracteur, améliorant la réactivite de la régulation et le confort du chauffeur.
A partir du moment ou l'electronique de la tonne à lisier est en mesure de dialoguer avec le dispositif John Deere, cette technologie pourra s'adapter à toutes les marques de tonnes, mais aussi sur les dispositifs d'épandage sans tonne. En attendant, durant la phase de mise au point et d'étalonnage du système, John Deere a établi des partenariats avec certains constructeurs (Joskin, Samson, Fliegl, Garant...).

Des tests en France sont prévus cette annéeJohn Deere s'est récemment rapproché de Pichon et de Mauguin pour réaliser cette année des tests en France, notamment sur le lisier de bovin et le digestat issu d'unités de méthanisation, pour lesquels John Deere manque encore de références. « Les tests ont principalement été réalisés en Allemagne et en Hollande. Il nous faut désormais valider le fonctionnement de notre système avec deux acteurs majeurs du marché français », justifie François Helfter. En connaissant la dose épandue avec précision, le système Manure Sensor permet d'établir des cartes d'application utiles à la traçabilite des épandages. Il ouvre également de nouvelles perspectives en termes de modulation des apports et de stratégie de fertilisation. « En connaissant parfaitement les doses de fertilisants organiques apportées, il est plus facilement envisageable de réduire les doses d'engrais minéral. »

Des arguments agronomiques et logistiques

L'analyse du lisier peut aussi avoir un avantage en termes logistiques. « Nous prévoyons de monter un capteur sur une tonne à lisier Flow Master dont la pompe centrifuge assure à la fois le remplissage et la vidange. Nous pourrons ainsi estimer la quantité de fertilisant dans une tonne à lisier avant de l'envoyer sur un chantier. Cela peut être un argument déterminant dans l'approvisionnement des chantiers éloignés pour lesquels on choisira le lisier le plus riche », prévoit Aurélien Nucera.
Toutes ces perspectives prometteuses devraient séduire les ETA et les Cuma, à condition de réussir à justifier un surcoût de prestation pour rentabiliser un investissement de plus de 20 000 euros. La rentabilité sera d'autant plus aisée pour un utilisateur qui valorisera le capteur sur son ensileuse et sa tonne à lisier, voire à poste fixe pour des analyses d'échantillon.

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