Réussir porc 03 février 2016 à 08h00 | Par Marc-Henry André

Le porc argentin profite d'un maïs bon marché

Le malheur des maïsiculteurs fait le bonheur des éleveurs Argentins. Avec un maïs bradé et une consommation de porc en hausse constante, la production de porc argentine explose. Petites coopératives et entreprises intégrées tirent profit de ce contexte qui devrait perdurer.

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La maternité de Cabaña Argentina, située à Roque Pérez, à 135 kilomètres de Buenos Aires, abrite 6000 truies.
La maternité de Cabaña Argentina, située à Roque Pérez, à 135 kilomètres de Buenos Aires, abrite 6000 truies. - © M.-H. André

Avec du maïs à 80 euros la tonne, forcément l’élevage porcin, rentable, a le vent en poupe.

Les Argentins restent les plus gros mangeurs de bœuf au monde avec 65 kg/habitant/an, contre près de 80 kg auparavant, et leur consommation de charcuterie à base de porc est stable à 4 kg. Mais ils goûtent de plus en plus au porc frais, chez eux comme hors de leur domicile, avec une consommation qui est passée de 4 à 10 kg en moins d’une décennie. Et la marge de progrès est encore importante.

Ce changement d’habitude alimentaire, en soi une petite révolution culturelle au pays des gauchos et de l’asado (grillade de bœuf), surprend d’autant plus que les deux viandes ont un coût presque identique en rayon. En octobre dernier, les côtes de porc vendues en boucherie à Buenos Aires, valaient environ 90 % du prix des côtes de bœuf, soit un peu plus de 6 €/kg. Voilà pour la demande.

Du côté de l’offre, celle de bœuf a souffert de la grave sécheresse de 2009 et de restrictions à l’export toujours en vigueur, qui ont entraîné la liquidation du cheptel allaitant, phénomène qui ne s’est inversé que récemment. Dans le même temps, la filière porcine a profité de la disponibilité de maïs et de soja à prix cassé par le système de taxes à l’exportation de grain : 20 % sur le maïs et 35 % sur le soja. Combiné au cycle actuel de cours des grains relativement bas, cela a donné un formidable élan aux producteurs de porc dont la rentabilité a augmenté d’année en année durant le dernier lustre.

 

- © Infographie Réussir

De bonnes perspectives pour les années à venir

« Le contexte actuel n’a jamais été aussi favorable à l’élevage de porc. Quoi qu’il arrive sur le marché et quoi que fera notre nouveau président de la République, élu le 22 novembre dernier, nous sommes repartis pour cinq autres années de bénéfice », assure Juan Uccelli, le président de l’association argentine des producteurs de porc.

D’une part, avec ou sans taxe à la douane, le maïs argentin restera bon marché du fait du volume récolté : de 25 à 35 millions de tonnes selon les sources. D’autre part, la place du porc dans le régime alimentaire des Argentins devrait encore progresser. L’offre ne répondrait toujours pas à la demande. « Il nous manque au moins cent mille truies au niveau national pour que la concurrence intrasectorielle influe sur les prix en boucherie”, assure Gustavo Di Candia, le responsable d’une maternité de 6000 truies, nommée Cabaña Argentina, propriété du groupe sucrier Ledesma, qui a inauguré en 2012 un atelier de découpe pour se spécialiser dans le frais auprès de la grande distribution.

Alejandro Saavedra, technicien de l’Inta : 
« La filière porcine est la plus à même de réaliser nos objectifs de création de valeur ajoutée sur place en transformant nos grains en viande, tout en promouvant l’essor social des familles d’éleveurs. »
Alejandro Saavedra, technicien de l’Inta : « La filière porcine est la plus à même de réaliser nos objectifs de création de valeur ajoutée sur place en transformant nos grains en viande, tout en promouvant l’essor social des familles d’éleveurs. » - © M.-H. André

Une filière soutenue par les élus

Fait nouveau, les élus argentins soutiennent la filière de façon unanime. Cela se traduit par des subventions à l’achat d’équipements industriels légers (matériel de découpe, chambre froide, etc.) que les ministères de l’Industrie et de l’Agriculture accordent aux coopératives d’éleveurs encouragées à s’impliquer dans l’abattage, la découpe, l’élaboration de produits charcutiers et la vente directe. On note même une nouvelle perception du rôle de l’élevage dans la société argentine. Auparavant, les élus défendaient plutôt le pouvoir d’achat de bœuf de leurs compatriotes à des fins électorales. Constatant que ces derniers ne rechignent plus à substituer une entrecôte de bœuf par des côtelettes de porc, ils vantent à présent la création de richesse et d’emplois de la filière porcine dont la croissance permet, en outre, de dégager davantage d’excédents de bœuf pour l’export, synonymes de devises étrangères, toujours bienvenues au pays. Plein de bon sens, ce projet national consiste à revenir à la situation qui prévalait au siècle passé, lorsque 20 % de la production de bœuf de l’Argentine était exportée.

« Le rapport de prix entre le maïs et le porc vif est outrageusement favorable aux éleveurs", confirme Martín Fraguío, directeur de l’interprofession argentine du maïs (Maizar). "Cela ne doit pas justifier les taxes à l’export sur le maïs grain", précise-t-il. "Face à un éventuel retournement de situation, les éleveurs devraient intégrer leurs projets à celui de toute la filière et s’entendre avec les industriels de la volaille et du bœuf pour continuer à substituer la consommation interne de bœuf au bénéfice des exportations de celui-ci, dont la qualité est mondialement reconnue. Ce projet est bien plus raisonnable que de prétendre exporter du porc en volume et de concurrencer les Brésiliens sur ce créneau-là. En revanche, à l’instar des Chiliens qui produisent peu de maïs mais qui sont très bien organisés et exportent des produits haut de gamme, nous aussi avons une carte à jouer à l’exportation de jambon cru et de charcuterie vers nos pays limitrophes”, ajoute Martín Fraguío.

Dans ce contexte favorable, de nombreux éleveurs de moins de 200 truies chacun se sont associés et intensifient leurs systèmes avec le soutien de l’INTA, l’équivalent argentin de l’Inra, qui conseille les éleveurs sur le terrain. Hors des coopératives, de simples groupes de huit à douze producteurs accèdent à des crédits jusqu’à 40 000 euros à un taux d’intérêt de 17 % remboursables sur sept ans. Dans un pays où l’inflation annuelle frôle les 20-30 %, c’est un cadeau pour qui investit dans un outil de travail rémunérateur à court terme. La structuration en coopératives des éleveurs de porcs est une tendance de fond en Argentine, surtout dans les provinces de Buenos Aires, Santa Fe et Córdoba, au cœur du principal bassin céréalier du pays sud-américain aux limites duquel se trouvent les trois grandes villes du pays : Buenos Aires, Rosario et Córdoba.

La filière porcine est la plus à même de réaliser nos objectifs de création de valeur ajoutée sur place en transformant nos grains en viande tout en promouvant l’essor social des familles d’éleveurs", résume Alejandro Saavedra de la station expérimentale de l’INTA de Marcos Júarez, à Córdoba, spécialisée en production porcine et où a lieu tous les ans la foire “Fericerdo” qui connaît un succès croissant. Il cite plusieurs cas de coopératives prospères, comme l’Association de coopératives argentines (ACA) qui a investi en 2010 dans une maternité de 2 500 truies, à San Luis, pour distribuer des porcelets à ses associés. “Le petit producteur est condamné à se regrouper, soit pour créer une maternité commune, soit accéder aux dernières technologies, augmenter son échelle ou vendre la viande de ses animaux directement au consommateur. »

Actuellement, affirme-t-il, 94 % des éleveurs de porc du pays ont moins de 100 truies et possèdent à eux tous 61 % du cheptel national. Les 145 abattoirs déclarés du pays sont concentrés dans les provinces de Buenos Aires (41), Córdoba (28), Santa Fe (18) et Entre Ríos (17). Les cinq plus grands fournissent au marché 45 % des carcasses. "Pour cette raison, nous négocions avec les maires des villages éloignés des grandes villes et des ports pour qu’elles co-investissent avec des coopératives dans des abattoirs afin d’utiliser le maïs sur place au lieu de l’expédier vers les ports situés à plusieurs centaines de kilomètres de distance de ces villages”, explique-t-il.

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