Réussir porc 02 septembre 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« Il faut une discipline collective au sein de la filière », estime Guillaume Roué, président d’Inaporc

Guillaume Roué, analyse les raisons d'un mois d'août 2015 chahuté au MPB , réclame des mesures à court et moyen terme, et appelle tous les maillons de la filière à participer à la valorisation du porc français. Entretien avec le président d'Inaporc, mi-août.

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Guillaume Roué : " Aucun maillon de la filière n'est assez fort pour tirer son épingle du jeu tout seul. "
Guillaume Roué : " Aucun maillon de la filière n'est assez fort pour tirer son épingle du jeu tout seul. " - © C. Gérard

. Quelles mesures proposez-vous pour sortir de cette situation à mi-août ?

Il nous faut des mesures à deux niveaux. Il faut harmoniser au niveau européen l’ensemble des éléments qui pèsent sur notre filière au niveau social, fiscal, environnemental… Mais cela prendra du temps. L’Europe ne peut pas non plus se dédouaner de sa responsabilité au regard de la fermeture du marché russe. Cela nous coûte 3 % de nos débouchés et on a le sentiment que la commission s’en lave les mains. Les décisions européennes étant longues à se mettre en œuvre, la France devra mettre en place, en attendant, des mesures correctives notamment par la prise en charge des charges sociales des salariés de l’agroalimentaire afin de nous aligner sur le régime allemand.

Il faut aussi au niveau national, et de toute urgence, donner la priorité au porc français pour qu’il puisse trouver sa place dans le commerce et être valorisé à sa juste valeur. Il en va de notre survie.

. L’interprofession qui réunit l’ensemble de la filière, de la production à la distribution n’est-elle pas l’organisation à même d’y parvenir ?

Nous n’avons quasiment que cet objectif à notre menu ! Des actions sont en place, mais elles ne sont pas correctement partagées par les différents maillons. Il nous manque une discipline collective.

. Concrètement, qui ne joue pas le jeu ?

Il faut que les salaisonniers achètent notre porc français en priorité afin que les consommateurs puissent en bénéficier et ainsi participer au développement de notre filière.

. Mais avec du porc à 1,40/kg, ils peuvent argumenter d’un coût trop élevé de cette « matière première » par rapport au prix allemand par exemple ?

Ce serait effectivement un problème s’ils ne parvenaient pas à répercuter les prix. Leurs clients, à savoir la distribution, doivent jouer aussi collectif et, comme les autres maillons de la production, privilégier les approvisionnements à base de porc français. Sachant que notre production est autosuffisante à 105 %, que nous en exportons 25 %, notre taux d’approvisionnement sur le marché intérieur n’est que de 80 %. Pas de raison donc, de ne pas donner la priorité à la production nationale. C’est aujourd’hui, je le répète, une question de survie.

. Le cours français étant très lié au cours allemand, l’existence même du MPB est-elle remise en cause ?

Tous les ans, le MPB prouve qu’on peut inverser la tendance et ne pas être à la remorque de la cotation allemande. Il ne s’agit surtout pas de casser le thermomètre. Cet outil représente la puissance collective des producteurs. Le prix de marché doit rester la résultante de l’offre et de la demande.

Quant au prix final payé au producteur, il doit tenir compte du coût de revient. Sinon, c’est l’alignement vers le niveau du moins disant.

. La contractualisation ne risque-t-elle aussi pas de le mettre à mal ?

Nous évoluerons sans aucun doute vers des relations plus contractualisées entre les différents maillons de la filière. Mais à ce stade, il n’y a que quelques initiatives qui voient le jour, et le prix du cadran reste la référence. Cette évolution se fera malgré tout car les nouvelles générations recherchent une sécurité minimale. Il y a donc de la place à la fois pour des relations contractuelles et la nécessaire référence à un marché reflétant les réalités de l’offre et de la demande.

. L’interprofession devrait aussi être le lieu privilégié pour mener une réflexion et travailler ce sujet ?

C’est effectivement un dossier qui est sur notre table. L’idée n’est pas de mettre au point un contrat « collectif », mais plutôt un modèle qui serait issu d’un tour de table auquel participeraient tous les acteurs de la filière. Cela fait son chemin. La route est encore longue mais elle se fera car aucun maillon de la filière n’est assez fort pour tirer son épingle du jeu tout seul. Il en va donc de la responsabilité de chacun pour que nous retrouvions ensemble la voie du succès.

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