Réussir porc 14 décembre 2016 à 08h00 | Par Claudine Gérard

L’accord UE-Canada est signé

Le Ceta, accord économique et commercial entre l’UE et le Canada, a finalement été signé le 30 octobre à Bruxelles. La disparition des droits de douane sur des contingents de viande de porc pourrait faire entrer des produits canadiens en Europe. Analyse.

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Les éleveurs canadiens ont quasiment tous arrêté l'usage de la ractopamine qui constituait un frein à leurs exportations.
Les éleveurs canadiens ont quasiment tous arrêté l'usage de la ractopamine qui constituait un frein à leurs exportations. - © C. Gérard

Sous réserve d’être définitivement validé par les 38 assemblées nationales et régionales de l’Union européenne, le Ceta (Comprehensive economic and trade agreement, encore appelé AECG pour Accord économique et commercial global) au Québec, va autoriser le Canada à exporter près de 80 000 tonnes de viande de porc vers l’UE sans barrières tarifaires. « C’est treize fois plus que les volumes actuellement exportés du Canada vers l’UE », précise Geneviève Berthiaume, chargée de projet au service économique du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ). Elle précise que, en 2013, le Conseil canadien du porc avait toutefois estimé que ces ventes additionnelles pouvaient représenter près de 400 millions de dollars par an.

Ces perspectives sont toutefois à relativiser pour plusieurs raisons.

La première est que ces 80 000 tonnes représentent finalement une faible quantité au regard des exportations totales du Canada qui ont atteint 2,4 millions de tonnes en 2016, dont une part croissante vers la Chine (211 000 tonnes sur les huit premiers mois de 2016, soit + 250 % par rapport à la même période de 2015). Le Canada est en effet à même de fournir des porcs sans ractopamine, « le pays ayant quasiment cessé l’utilisation de cette hormone de croissance depuis fin 2015 », annonce le CDPQ.

Par ailleurs, pour pouvoir exporter, les abattoirs canadiens doivent être agréés par l’UE. « Or, seuls des abattoirs québécois disposent de cet agrément à ce jour », précise l’économiste canadienne.

Enfin, Guillaume Roué, président d’Inaporc calcule : 80 000 tonnes que le Canada pourrait potentiellement exporter, cela représente seulement 0,25 % de la production porcine européenne et 2,5 % de la production porcine française. Rappelant que l’accord vise toute l’Europe et pas seulement la France, il ajoute : « le texte a été négocié et signé. Nous devons donc respecter nos engagements et les négociateurs doivent absolument avoir la confiance de tous les États européens. À défaut de quoi l’Europe perdrait toute crédibilité ! Enfin, nous ne pouvons pas nous targuer d’exporter et dans le même temps fermer la porte à des importations ! ».

Les Canadiens sont plutôt réservés

De l’autre côté de l’Atlantique, on reste plutôt prudent et les économistes du CDPQ doutent de la capacité de l’Europe à rassembler l’ensemble des signatures de tous les États et les régions, signatures nécessaires pour ratifier l’accord. Tandis que, de leur côté, il n’y a pas d’ambiguïté. « Au Canada, les libéraux et les conservateurs tous deux étaient pour l’entente. L’AECG (Ceta) devrait donc être facilement ratifié par le parlement », note les CDPQ dans sa note de conjoncture du 31 octobre. Voilà qui en dit long sur l’image qu’a donné l’UE à l’aube de l’aboutissement du traité, en particulier suite au blocage wallon….

Ils pointent aussi le fait que, l’UE étant largement excédentaire et exportatrice de porc, les exportateurs canadiens auront des opportunités limitées de trouver dans l’UE de nouveaux débouchés.

Sauf sur des pièces dont certains pays sont structurellement déficitaires, comme par exemple les jambons pour la France. Les transformateurs seraient-ils tentés par du jambon québécois ?

Enfin, on peut se poser légitimement la question des opportunités que l’accord offrirait à l’Europe pour aussi exporter des produits du porc. Guillaume Roué n’écarte pas la possibilité que certains produits puissent séduire les Canadiens. « Les charcutiers français intelligents sont déjà présents là-bas ! », précise-t-il, faisant en particulier référence au Jambon de Bayonne ou à la société Hénaff.

Précisions apportées par l’Ifip

Pour les produits du porc, seront exemptées de droit de douane : la graisse de porc, les viandes désossées, fumées et séchées et les autres produits transformés, dont les saucisses. Néanmoins, les viandes ont un statut particulier comme « produits sensibles ». Pour la viande porcine, les droits actuels sont maintenus, mais est ouvert un contingent tarifaire à droit nul qui passera de 12 500 tonnes en première année d’application de l’accord à 75 000 tonnes équivalent carcasse à partir de la sixième année, par une augmentation de 12 500 tonnes chaque année. Ce nouveau contingent s’ajoute au contingent de 5 549 tonnes déjà octroyé au Canada dans le cadre de l’OMC. Côté canadien, les importations de viandes et produits porcins ne sont pas taxées.

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