Réussir porc 03 février 2017 à 08h00 | Par Dominique Poilvet

L'Allemagne passe au vert

Sous la pression sociétale et grâce à des aides incitatives, les éleveurs allemands investissent désormais majoritairement dans des bâtiments bien-être.

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Un bâtiment d'engraissement bien-être.
Un bâtiment d'engraissement bien-être. - © Schauer

À Merching-Steinach en Bavière près de Munich, Josef Gelb et son fils viennent de construire un bâtiment de 2 000 places pour engraisser la moitié des porcelets produits par ses 300 truies. Comme la plupart des éleveurs qui investissent aujourd’hui en Allemagne, il a opté pour un bâtiment bien-être, dont la conception est radicalement différente d’un bâtiment conventionnel : ventilation naturelle, zone de couchage paillée sur gisoir plein et isolé, zone d’alimentation sur sol plein et courette extérieure avec une zone de déjection sur caillebotis (voir page 16). "La pression sociétale nous impose désormais d’élever nos porcs dans ce type de bâtiment", affirme l’éleveur. Car en Allemagne, après une décennie de croissance continue de la production porcine, la population du pays remet de plus en plus en cause les élevages conventionnels. "Il s’agit essentiellement de critiques qui visent le mode d’élevage, en lien avec le bien-être animal et les impacts environnementaux", explique Alois Gimplinger, responsable commercial Schauer, une entreprise autrichienne qui fournit des équipements d’élevage et qui a conçu le bâtiment construit chez Josef Gelb.

Volonté politique

Ces critiques sont relayées notamment par les partis politiques de gauche, verts et socialistes, qui ont fait de l’élevage un de leurs thèmes de campagne et remporté de nombreux succès électoraux. En 2016, onze des seize Länder (régions) allemands ont un ministre de l’Agriculture écologiste ou socialiste (1). Leur politique agricole se traduit notamment par l’attribution des aides liées au second pilier de la PAC aux bâtiments bien-être. "Nous avons touché 35 % de subventions pour notre bâtiment, contre 15 % si nous avions construit un bâtiment conventionnel", confirme Josef Gelb. "Les gouvernements des Länder orientent également les programmes de recherche des stations expérimentales, qu’ils financent en grande partie, vers le bien-être des animaux, l’environnement, les productions alternatives…", souligne Alois Gimplinger.

Initiative Tierwohl

À l’échelon national, l’initiative Tierwohl (bien-être) lancée en 2014 par l’ensemble des partenaires de la filière rencontre un franc succès. Les éleveurs qui participent à ce mouvement doivent produire leurs porcs selon un cahier des charges modulable qui favorise le bien-être. Les surcoûts générés par ce cahier des charges sont couverts par une prime à l’abattage qui peut aller jusqu’à neuf euros par porc selon les équipements mis en place. Ces primes sont financées par une augmentation générale des prix de la viande au détail de quatre centimes par kilo dans les grandes surfaces. Aujourd’hui, 8 % des porcs abattus sont produits sous cette dénomination. De leur côté, Josef Gelb et son fils misent plutôt sur la valorisation de leur production auprès des bouchers-charcutiers de leur région. En plus de l’argument "bien-être", ils comptent aussi mettre en avant leur alimentation sans OGM et l’approvisionnement en céréales produites dans la région. Avec pour objectif un prix de vente de 1,80 €/kg, et surtout la reconquête de l’opinion publique, condition essentielle pour pérenniser leur élevage dans le temps.

(1) Source : Notes et études socio-économiques, mai 2016

- © Infographie Réussir

Conditions d’obtention du label "Initiative Tierwohl" (engraissement) et montant de la prime par porc

* Durée d’engagement : trois ans. Le montant de la prime doit être de trois euros minimum.

*Critères obligatoires :

Accès permanent à de la paille ou du foin (ratelier) : 2 €

ou surface supplémentaire :

+ 10 % : 2,80 €

+ 20 % : 4 €

+ 40 % : 8 €

* Critères facultatifs :

Objet manipulable naturel : 1 €

Arrêt de la castration : 1,50 €

Dispositif automatique de refroidissement de l’air : 0,20 €

Abreuvoir avec un accès permanent à l’eau : 0,70 €

Compartimentation des cases par des cloisons : 0,20 €

Possibilité de fouissage : 0,60 €

Ventilation naturelle : 1,00 €

Surface de couchage confortable (gisoir) : 2,50 €

Accès à une courette extérieure : 1,00 €

- © Schauer

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Porcs de janvier 2017. RP n°244, p. 14 à 23.

Au sommaire :

p. 16 - Schweinehotel, l'hôtel des porcs imaginé par Schauer

p. 17 - Le bien-être s'impose aussi en maternité

p. 18 - L'Allemagne lance un label bien-être officiel

p. 19 - Matériaux manipulables présentés à Eurotier

p. 20 - Big Dutchman libère les truies allaitantes

p. 22 - H + L invente un engraissementavec accès extérieur

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