Réussir porc 09 août 2017 à 08h00 | Par Mathieu Robert, Agra

L'élevage chinois victime de ses coûts de production croissants

Une étude de l'USDA (United States department of agriculture) met en évidence l'augmentation des coûts de production de la production porcine chinoise. La faute principalement au manque croissant de matières premières locales et de main-d'oeuvre rurale.

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La Chine est le premier producteur et consommateur mondial de porcs.
La Chine est le premier producteur et consommateur mondial de porcs. - © RayLac/flickr

Le premier producteur et consommateur mondial de porcs - un sur deux dans le monde - connaît une augmentation structurelle de ses coûts de production, retrace une étude du ministère de l'Agriculture américain (USDA), parue en janvier. Ils ont doublé entre les années 2000 et aujourd'hui (voir graphique). Cette hausse continue expose de plus en plus la Chine aux importations de viande porcine, qui ont atteint un pic en 2016. La forte baisse de la production chinoise, passée de 54,87 Mt à 51,85 Mt, a permis aux importations de plus que doubler, passant de 2 % à 4 % de la consommation. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse des coûts de production : le prix des aliments a été identifié comme la principale raison. Il a augmenté chaque année entre 2000 et 2014 (+ 180 %), au fur et à mesure que les aliments du commerce remplaçaient les fourrages traditionnels. Une étude citée par l'USDA a montré que les coûts d'alimentation des éleveurs porcins chinois étaient supérieurs de 77 % à ceux des producteurs américains en 2014. Cette différence était notamment composée du coût de fret des États-Unis vers la Chine qui ajoute 17 à 29 % au coût du tourteau de soja départ États-Unis.

Face à ce problème, la réaction de la Chine a d'abord été de réduire peu à peu les barrières à l'importation d'oléoprotéagineux et d'autres composants depuis les années 90. Plus récemment les autorités chinoises ont détendu leur politique de soutien aux prix du maïs domestique (baisse, puis suppression du prix plancher en 2016). « Un changement politique qui pourrait réduire la pression des coûts pour les éleveurs porcins ruraux », estime l'USDA.

Marché du travail tendu dans les campagnes

L'emploi rural est la deuxième composante de la hausse mise en avant par l'USDA. Après être devenue, au cours du XXe siècle, le premier producteur mondial de viande porcine « en dispersant les porcs dans les cours des foyers ruraux », la Chine a vu ces dernières décennies les masses de travailleurs ruraux migrer vers les villes. Par conséquent, le coût du travail a rapidement augmenté dans les campagnes. Dans les élevages de porcs chinois, les salaires ont doublé tous les quatre ans entre 2000 et 2012, puis de 33 % entre 2012 et 2015. Toutefois, le salaire moyen y reste très inférieur à ceux constatés dans les élevages américains (1,76 $ de l'heure, contre 12,54 $ aux États-Unis).

Un plan quinquennal aux effets incertains

L'agrandissement des élevages et la baisse des coûts alimentaires sont au coeur du chapitre porcin du plan 2016-2025 du ministère de l'Agriculture chinois, note l'USDA. L'objectif principal du plan est d'augmenter la productivité pour améliorer la compétitivité des élevages. Il appelle à augmenter la mécanisation et l'automatisation des élevages porcins, à transférer la production porcine vers les régions productrices de grains et à améliorer les industries qui fournissent les semences, l'alimentation du bétail et les produits vétérinaires. Mais l'USDA a identifié quelques effets délétères de l'agrandissement des élevages, avec par exemple l'obligation de traiter les effluents qui n'existait pas dans les petits élevages. L'USDA pointe aussi les coûts induits par la volonté du gouvernement chinois de retirer la production porcine des grandes zones urbaines et des régions du sud, vulnérables à la pollution des eaux. Un chantier colossal, comme souvent lorsque l'on parle de porc en Chine.

- © Infographie Réussir

La Chine lance un index des prix du porc

En partenariat avec une importante bourse chinoise de matières premières (Dialian Commodity Exchange), le ministère de l'Agriculture chinois a lancé en mars son premier index de prix pour suivre les évolutions de son marché du porc, rapporte le magazine britannique The Economist, le 21 avril dernier. Ce nouvel indicateur sera calculé quotidiennement à partir des données issues de 89 fermes du pays, réparties dans 16 provinces, rapporte le journal. La bourse chinoise envisagerait par ailleurs de lancer au cours de l'année un contrat à terme basé sur cet indicateur, afin de proposer des solutions de couverture. Soumis à son propre « cycle du porc », le prix chinois a connu des pics importants en 2008, 2011 et 2016.

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