Réussir porc 04 février 2016 à 08h00 | Par Claudine Gérard

L’engraissement sur paille affiche de bonnes performances

Mis en service il y a un an, l’élevage neuf naisseur-engraisseur du centre de formation de Saint-Lô, dans la Manche, a la particularité d’engraisser tous les porcs sur paille. Si des progrès sont envisagés sur le TMP et l’indice, le bilan est déjà très encourageant.

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Les porcs sont logés par cases de 40. Il faut en moyenne 80 kg de paille par porc.
Les porcs sont logés par cases de 40. Il faut en moyenne 80 kg de paille par porc. - © C. Gérard

C’était une volonté du conseil général de Normandie qui avait financé l’intégralité de l’investissement : loger les porcs sur paille en engraissement, afin d’engager « dans une démarche durable, visant l’autonomie » (voir Réussir Porc, novembre 2014, p 34). L’atelier naisseur-engraisseur neuf du centre de formation de Saint-Lô Thère, dans la Manche, dispose à présent d’un an de recul. « Les résultats sont conformes à ce qu’on pouvait attendre, compte tenu des références disponibles sur l’engraissement sur paille », résume Mickaël Delion, référant porc. Sur dix mois (du 01-12-2014 au 30-09-2015), et sur 3 053 porcs, les résultats moyens sont de 756 g/j de GMQ 8-115 kg et 2,65 d’IC 8-115 kg (voir tableau). Les données ne permettent pas en l’état de préciser quelles sont les performances en post-sevrage, sur caillebotis et en engraissement, sur paille. « De plus, nos porcs entrant en engraissement après neuf semaines de post-sevrage et à 35/40 kilos, il serait difficile de réaliser des comparaisons avec d’autres références », précise Mickaël Delion.

- © Infographie Réussir

Objectif : améliorer les plus values

Les croissances sont donc très correctes, supérieures à la référence Ifip (Normandie 2014). Tandis que l’indice de consommation s’avère supérieur de 0,15. « C’est exactement ce qui est rapporté dans d’autres élevages sur paille, principalement l’élevage de Crecom qui permet de comparer des résultats sur paille et sur caillebotis », constate-t-il. Il explique cet écart par des éléments connus et prévus : un bâtiment d’engraissement non isolé et donc froid l’hiver, des porcs qui se déplacent beaucoup dans la case où ils disposent de 1 m2 chacun.

L’autre point faible est celui de la plus-value, avec un TMP de 59,3 et à peine 80 % de porcs dans la gamme. Des actions correctrices vont être mises en place. En post-sevrage, l’alimentation va être revue pour améliorer le TMP, sans doute en allongeant la période de transition entre l’aliment deuxième âge et l’aliment croissance. « Nous allons viser plus d’une semaine », précise Gilles Cousin, responsable de l’atelier porc. Et en engraissement, les efforts vont porter sur le tri « qui est particulièrement compliqué avec des cases de 40 porcs, pas faciles à manipuler ». Des devis sont en cours pour la création d’un couloir de tri avec la pose de cloisons dans le large couloir existant qui dessert les cases. Après la bascule, un portillon orientera les porcs selon leur poids soit vers le quai, soit vers le retour dans leur case.

Par ailleurs, l’état sanitaire des porcs est excellent, qu’il s’agisse des truies (Nucléus, issues de la filière assainie) que des porcs, du sevrage à la vente. Les salariés confirment : aucun antibiotique dans l’aliment, jamais de problèmes respiratoires, peu de pertes sevrage-vente (5,2 %), essentiellement des problèmes d’arthrite liés à l’accès aux nourrisseurs en engraissement. Des modifications de pentes sont prévues. Le seul vaccin administré aux porcelets est un vaccin rouget. Une bande a en effet déclaré un épisode de rouget l’année passée. « La maladie étant classée zoonose et l’élevage accueillant du public (élèves, stagiaires, visiteurs…), impossible de ne pas se protéger efficacement », affirme Mickaël Delion.

A gauche, le bloc naissage et PS entièrement sur caillebotis, et à droite les engraissements sur paille.
A gauche, le bloc naissage et PS entièrement sur caillebotis, et à droite les engraissements sur paille. - © C. Gérard

480 tonnes de compost valorisé sur les prairies

Autre bilan intéressant pour ce type d’élevage pour lesquels il existe peu de références, la consommation de paille. Les cases sont paillées avant l’arrivée des porcs, puis régulièrement selon l’état de la litière, tous les dix jours environ l’été et tous les cinq jours l’hiver. Au final, sur une année (hiver compris), la consommation s’est établie à 80 kg par porc, « un niveau aussi conforme aux références disponibles », constate Mickaël Delion. Conformément au projet initial, le fumier est composté avec celui des vaches laitières de l’exploitation. « Avec 800 tonnes au total, nous avons produit 480 tonnes de compost qui est valorisé sur nos prairies. » Une satisfaction environnementale, mais qui exige beaucoup de manutention, donc de main-d’œuvre selon les responsables qui soulignent que ce poste peut être critique dans une exploitation qui, comme ici, n’emploie que de la main-d’œuvre salariée. Par ailleurs, toute la paille est achetée, ce qui n’est pas tout à fait en accord avec l’autonomie de l’exploitation visée. C’est la raison pour laquelle les responsables du site étudient aujourd’hui la possibilité d’utiliser du bois déchiqueté pour la litière, seul ou en association avec de la paille ou des copeaux. « L’intérêt majeur est que ce bois pourrait provenir de notre exploitation qui en dispose. Mais tout reste à inventer car, en production porcine, nous n’avons pas d’expérience sur ce type de procédé. » Ce projet fera donc partie des expérimentations qui seront mises en place dans les mois à venir.

Vers une production de porc différencié ?

Enfin, les responsables sont en attente de débouchés sous signe de qualité pour leur production qui, déjà, respecte une densité de 1 m2 par porc, l’absence de matière première OGM dans l’aliment, et produit sans aucun antibiotique après le sevrage. Des atouts existants qui constituent une bonne base pour la production de porc différencié (label rouge, sans antibiotique…). Cette issue qui permettrait en principe d’aller chercher des plus-values supplémentaires, pourrait voir le jour selon les propositions et les débouchés du groupement Cam qui vient juste de fusionner avec Cap50 auquel la porcherie du Centre adhère depuis sa création.

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