Réussir porc 07 novembre 2013 à 08h00 | Par Claudine Gérard

L’industrie de la viande en grande difficulté

Dans un contexte économique très difficile, et alors que l’avenir de l’abattoir Gad était déjà tracé, les industriels de la viande, au travers de leur syndicat Sniv-SNCP, ont fait part de leur grande inquiétude pour l’ensemble des outils. Leur assemblée générale s'est tenu le 1er octobre à Paris.

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Jean-Paul Bigard, président du 
Sniv-SNCP. « L’industrie de la viande 
vit en 2013 l’une des années les plus noires de son histoire. »
Jean-Paul Bigard, président du Sniv-SNCP. « L’industrie de la viande vit en 2013 l’une des années les plus noires de son histoire. » - © C. Gérard

« Il faut définitivement bannir le terme de " minerai " s’agissant des viandes, car ce terme ne correspond en rien aux valeurs de nos entreprises et de nos produits », affirmait Claude Guillaumot, membre de la commission étiquetage du Sniv-SNCP, syndicat des entreprises françaises des viandes, au cours de l’assemblée générale à Paris, le 1er octobre dernier.
C’est précisément autour de ces « valeurs » que ce sont succédées les différentes interventions d’experts et industriels invités. Des valeurs qui deviennent cruciales dans le contexte décrit par Pierre Halliez, directeur général du syndicat. Le secteur traverse à la fois une crise conjoncturelle liée aux difficultés de rentabilité des productions de porc et de bœuf, et une crise structurelle due au manque de compétitivité des outils d’abattage et de transformation. « L’industrie de la viande vit en 2013 l’une des années les plus noires de son histoire », affirme Jean-Paul Bigard, président, énumérant les difficultés du secteur. La rentabilité, tout d’abord, mise à mal par le ciseau des prix : « la hausse des prix à la production a été intégralement financée par les consommateurs qui ont payé leur viande un peu plus cher, et par une contraction drastique de la marge brute des entreprises d’abattage-découpe ». Faisant référence à la guerre des prix et des parts de marché, il dénonce « la spirale infernale dans laquelle les enseignes sont elles-mêmes entraînées et dont nous sommes les victimes ». Autre talon d’Achille, la compétitivité comparée aux concurrents européens. Dans le domaine du porc, les chiffres sont éloquents. Jean-Paul Bigard annonce que, en six ans, le déficit extérieur en produits du porc, viandes et charcuteries, a été multiplié par 3,5. « Nous, nous dégageons des produits, alors que nos concurrents, eux, exportent leur valeur ajoutée. » Et de valeurs, il en est encore question dans le discours du président qui dénonce « un dispositif totalement monolithique de formation du prix à l’amont et un marché grand ouvert à l a concurrence à l’aval. Ce n’est pas faire injure à ses responsables que de constater que le modèle économique du MPB, si puissant pour porter le développement durant les “ 30 glorieuses ” de la filière porcine, ne crée plus de développement et ne crée plus de valeur. (…) Quelle solution face aux pays voisins qui adaptent sauvagement leurs prix après la séance du marché de jeudi ? ».

Pierre Halliez, directeur du 
Sniv-SNCP.
Pierre Halliez, directeur du Sniv-SNCP. - © C. Gérard

Le refus d’une « écologie punitive »


Par ailleurs, les différentes personnalités réunies autour de la table ronde ont dénoncé les différents obstacles auxquels se heurtent les industriels de la viande. Les distorsions de concurrence, bien entendu, avec le dumping social allemand qui touche tout autant d’autres bassins porcins européens. « Le cochon danois est devenu allemand ! », annonce Pierre Halliez, décrivant la situation des abattoirs danois, incapables de rivaliser avec les allemands. La plainte déposée par la France « suit son cours à Bruxelles. Le débat électoral à venir est une formidable occasion de poser le problème et interpeller les politiques », prévient-il, avançant qu’une décision politique pourrait peut-être voir le jour fin 2014…
Autre motif de mécontentement du syndicat, « l’écologie punitive ». « Que la France vise l’excellence environnementale, c’est très bien. Mais comment s’en sortir si nous ne pouvons pas vendre ce mieux-disant environnemental », interroge Christophe Lapasin, ingénieur environnement. C’est en particulier le sujet de l’écotaxe qui alarme les professionnels. Jean-Paul Bigard dénonce « cette double peine infligée lors de la collecte des animaux dans les élevages pour les mener à l’abattoir. L’absurdité de cette taxe, c’est qu’il n’y a pas d’alternative au transport routier ! ».
Malgré tout, le président liste les « raisons de croire et d’espérer parce que nous sommes des chefs d’entreprises animés de la passion de notre métier et de la fierté de nos produits » : l’industrie de la viande est l’un des piliers de l’économie agro-alimentaire française (voir données ci-dessous) ; la viande reste au cœur du modèle alimentaire français ; et l’élevage français se distingue par son excellence.
Dans ce contexte, Jean-Paul Bigard en appelle à la solidarité entre les acteurs. « La division nous affaiblit, l’union nous rend plus fort et je poursuivrai sans relâche les efforts en ce sens. (…) De la pertinence de nos comportements économiques et commerciaux comme de notre volonté à prendre notre destin en main dépend essentiellement notre existence dans les semaines et les mois qui viennent », conclut-il.

En savoir plus

Le syndicat regroupe les entreprises industrielles françaises (privées et coopératives) du secteur de la viande bovine,
porcine et ovine.
• 3,2 millions de tonnes de viande traitées par les abattoirs, ateliers de découpe et de transformation.
• 82 % des abattages nationaux d’animaux de boucherie,
dont 96 % des tonnages porcs (soit 863 000 tonnes).
• 150 établissements.
• 35 000 salariés (dont 30 % de femmes).
• 121,1 milliards de chiffre d’affaires.

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