Réussir porc 09 juillet 2013 à 16h55 | Par Claudine Gérard

La filière chiffre son manque de compétitivité

Face à ses quatre principaux concurrents européens, la filière française affiche le plus mauvais score de compétitivité, mesuré au travers d’un nouvel indicateur Ifip qui pointe les faiblesses du secteur de l’abattage.

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- © Source : Ifip

A vec un score de 0,31 sur une échelle allant de 0 à 1, la France se révèle le bassin le moins compétitif en terme de filière porcine. C’est ce qui ressort d’un nouvel indicateur dévoilé mi juin à la presse par Marie-Alix Roussillon, ingénieur Ifip, en présence de tous les représentants de la filière, de l’amont à la distribution. À la demande d’Inaporc, l’Ifip a en effet élaboré un indicateur de synthèse permettant de classer les cinq principaux bassins porcins européens : Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Espagne et France. Issu de la moyenne de huit « indicateurs thématiques », cet indicateur intègre 33 variables dotées d’une note de 0 à 1, et ceci pour les différents pays étudiés.


Faiblesses de l’abattage


La pire des notes, voisine de 0 (0,05), est obtenue par la structure du secteur de l’abattage-découpe : pas d’implantation à l’étranger, pas de lien industriel avec la grande distribution, et le poids du leader finalement faible comparé au leader danois, quasi unique (Danish Crown) ou néerlandais (Vion), sachant que cette analyse pourrait changer si les données étaient actualisées aujourd’hui, l’étude portant sur des données 2010. En Allemagne, la puissance de son leader dans l’abattage, Tönnies, et la relation étroite de ce secteur avec la grande distribution, et surtout le hard discount, sont considérés comme des atouts que les Français n’ont pas.
Guère mieux « notées », les performances industrielles de l’abattage arrivent aussi en queue de peloton. En cause : de moindres investissements, peu d’automatisation, tandis que l’Allemagne bénéficie de tailles d’outils conséquentes et de coûts de main-d’œuvre bas. Un avantage que n’a pas le Danemark, et que le pays compense, selon l’Ifip, par une meilleure organisation, des investissements, de l’automatisation…
Enfin, le secteur de la transformation arrive encore en fin de classement, souffrant du manque de capacité à valoriser des pièces à l’export. Face à ce mauvais classement global du secteur, Thierry Meyer, représentant du SNIV-SNCP(1) s’explique : « nous sommes performants, mais pas compétitifs. » Il déplore que, « dans un marché qui est unique, les règles ne sont pas uniques, en particulier au niveau social et fiscal ». Il calcule que la distorsion de concurrence avec les abattoirs allemands sur le coût de la main-d’œuvre, sur les 500 000 heures du secteur de l’abattage-découpe, représentent un écart de compétitivité de 250 millions d’euros pour la filière française. Quant à proposer des solutions, le secteur ne s’avance guère, affirmant simplement « que fermer un ou deux abattoirs ne changera rien ».

- © Réussir Porcs

Un contexte économique défavorable


Autre talon d’Achille de la filière française, le contexte macroéconomique et le commerce extérieur pour lesquels l’indicateur est le plus mauvais comparé aux voisins européens. En cause, une production peu dynamique, un environnement institutionnel défavorable (soutien des pouvoirs publics), un solde commercial dégradé en volume et en valeur… Seule l’organisation des filières s’avère un atout ! Mais la structure des élevages « vieillissant », la faible dimension, l’absence d’investissements et de modernisation des outils placent la France en dernière position de la rubrique « structure des élevages ».
Le seul poste sur lequel la filière se maintient dans le peloton de tête concerne les coûts de production et la rentabilité des élevages. Même s’ils souffrent d’une faible productivité du travail faute d’automatisation, de modernisation, la productivité, les coûts alimentaires et le lien au sol sont des atouts par rapport en particulier à l’Allemagne. Ou à l’Espagne.
Ce constat dressé, que faire ? Les représentants des différents maillons se sont exprimés plus ou moins longuement. Ils ont tous convenu que ces indicateurs ne faisaient qu’objectiver une situation bien connue et des problèmes soulevés de façon récurrente. La possibilité de restructuration des élevages est à nouveau avancée comme la solution, ce qui implique de « libérer des énergies ». En revanche, concernant l’abattage, aucune solution n’est proposée, si ce n’est de pouvoir répercuter l’envolée des prix à la distribution. Le représentant de la FCD(1) ne dément pas, et suggère que la mention d’origine peut être la voie pour que le consommateur, de plus en plus soucieux de la gestion de son budget, accepte de consacrer quelques centimes de plus à l’achat de viande « nationale ». Une idée reprise par Guillaume Roué, président d’Inaporc, qui calcule que « même s’il ne s’agit que de calculs théoriques et que la réalité du marché est toute autre, une hausse de 30 centimes du kilo de carcasse se traduirait, pour un consommateur moyen qui achète 34 kg de porc, par un impact sur son budget de 10 euros par an seulement… Et générerait 480 millions d’euros à la filière ».

(1) Syndicat national du commerce de la viande

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