Réussir porc 22 février 2014 à 08h00 | Par Claudine Gérard

La révolution porcine chinoise est en marche

Développement. Pour satisfaire l’appétit croissant de sa population, la Chine développe une production porcine « industrielle ». Mais cette explosion de la production ne suffira pas et se heurte à des contraintes diverses qui obligent le pays à importer encore ou s’implanter ailleurs.

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Le gouvernement chinois a fait 
de la production porcine un objectif national.
Le gouvernement chinois a fait de la production porcine un objectif national. - © ADN

Dès qu’on s’intéresse à la Chine, les chiffres donnent le vertige. En 2012, le pays comptait près de 500 millions de têtes de porcins et avait produit près de 700 millions de porcs charcutiers… Soit le double de la production de 1994. En cause, une consommation qui explose. Les données fournies par l’Ifip et présentées par Jan Peter Van Ferneij(1) font état d’une production qui est passée à 53 000 TEC en 2012 contre 40 000 en 2 000. Un chiffre qu’il conviendrait d’ailleurs de multiplier quasiment par deux, sachant que ces statistiques portent sur les viandes, mais pas sur les divers abats (pieds, oreilles…) dont les Chinois sont très friands et qui représentent à peu près la même quantité.
On le sait, c’est l’augmentation du pouvoir d’achat et la tradition porcine de la cuisine chinoise qui expliquent cette envolée.
Face à cette demande croissante, le gouvernement chinois a fait de la production porcine un objectif national. Avec des mesures concrètes pour accompagner son développement : intervention sur les stocks pour maîtriser les prix et assurer la rentabilité, subventions à la truie depuis 2007, vaccinations gratuites contre les « grandes » maladies (fièvre aphteuse, peste porcine africaine…), soutien financier aux exploitations de plus de 500 truies…
Conséquence immédiate de ce coup de pouce gouvernemental, la création de porcheries industrielles au détriment des traditionnels élevages de type « basse-cour » ou familiaux. Jan Peter Van Ferneij souligne que cette production représente encore un tiers des effectifs porcins chinois contre 70 % il y a dix ans. Mais les fermes modernes prennent le pas, et les ateliers de plus de 3 000 porcs sous technique occidentale se développent à marche forcée à l’initiative d’éleveurs, de coopératives, d’industries des viandes voir d’industriels non-agricoles. Ces élevages spécialisés abritent aujourd’hui environ 18 % des porcs chinois, pourcentage amené à augmenter selon tous les observateurs. Aimin Lu, directeur général de Shennong Agribusiness Consulting(2) prévoit qu’en 2020, 10 000 élevages de 5 000 à 10 000 têtes produiront 100 millions de porcs.
Une aubaine pour les fournisseurs européens de génétique, de bâtiment, de savoir-faire… qui ont vite compris l’immense marché qui s’ouvre.
Parallèlement, la concentration s’effectue aussi bien en amont qu’en aval. Les firmes d’aliment qui étaient au nombre de 13 000 voient environ un millier d’entre elles cesser leur activité chaque année, tandis que la production d’aliment complet explose : 56 millions de tonnes en 1996 et 200 millions de tonnes en 2012, dont un tiers fabriquées par seize firmes, selon Jan Peter Van Ferneij. La concentration se confirme aussi dans l’abattage, « avec une mutation progressive vers des unités de un à trois millions de porcs ».

- © Infographie Réussir

Des obstacles de taille au développement des élevages en Chine


Pour autant, le développement porcin chinois se heurte à des difficultés d’ordre géographique, environnemental, économique…
Aimin Lu précise tout d’abord que la production porcine chinoise est aujourd’hui concentrée dans cinq grands bassins, au sud et à l’ouest du pays (voir carte). En cause le relief et le climat du pays, avec très peu de terres arables au nord et à l’est. « On commence à voir des porcheries à étages avec ascenseur », annonce-t-il. Autre problème, celui du lisier. Conscient de l’enjeu environnemental, le gouvernement subventionne les solutions de traitement et la méthanisation, mais le coût reste très élevé.
Par ailleurs, la Chine est structurellement confrontée à un manque de matières premières pour l’alimentation animale. Le pays ne possède que 7 % des terres arables mondiales pour 25 % de la population du globe… Elle doit donc recourir à des importations de maïs, blé, soja, qui explosent. Le pays a ainsi importé la moitié de tous les volumes de soja américains exportés en 2013. Et il se heurte à  une pollution croissante de ses sols, l’urbanisation aggravant le déficit en terres.
Autre problème de taille, la ressource en eau en qualité et en quantité. Jan Peter Van Ferneij annonce que, si le pays est au cinquième rang des réserves d’eau de la planète, celles-ci n’atteignent que 2 000 m3/habitant, contre 6 000 m3 en moyenne mondiale. Par ailleurs, la pollution de ces eaux est telle que 25 % des ressources en eau « potable » ne seraient seraient même plus utilisables dans l’industrie. Les élevages de porcs doivent compter avec un sanitaire très préoccupant : des souches de pathogènes qui circulent d’autant plus que les élevages familiaux « brassent » les animaux, et que les suivis sanitaires sont peu ou pas organisés.
Enfin, la Chine peine aussi à présent à recruter de la main-d’œuvre dans les campagnes, les jeunes étant avant tout attirés par les centres urbains en plein développement.
Pour toutes ces raisons, certains observateurs doutent d’une poursuite du développement de la production porcine au rythme actuel. Et Jan Peter Van Ferneij annonce que, si la consommation chinoise augmente plus vite que la production, l’appétit des Chinois pourrait influer de manière significative les prix mondiaux du porc.

 


(1) La production porcine en Chine, perspectives 2020, 10 septembre 2013, Space.
(2) Carrefour des matières premières, 9 septembre, Space, Rennes.

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