Réussir porc 05 septembre 2017 à 08h00 | Par Dominique Poilvet

Lait reconstitué, la clé de l'hyperproductivité

La distribution automatique de lait reconstitué aux porcelets sous la mère s’avère une solution intéressante pour améliorer le nombre et le poids des porcelets au sevrage sans faire appel à l’adoption, dans un contexte de forte augmentation de la prolificité des truies.

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Le potentiel de croissance d'un porcelet est de 400 grammes par jour.
Le potentiel de croissance d'un porcelet est de 400 grammes par jour. - © D. Poilvet

La nécessité de faire consommer aux porcelets sous la mère autre chose que le lait maternel s’est toujours imposée, ne serait-ce que pour familiariser leur système digestif à d’autres matières premières que le lait. Mais l’augmentation rapide de la prolificité constatée depuis quatre ans la rend encore plus impérative, afin de combler la différence entre l’énergie fournie par le lait de la truie et les besoins de la portée. « Sous la mère, le potentiel de croissance d’un porcelet est de 400 grammes par jour », souligne Anaïs Augé, chef produit porcelet chez Denkavit. Un potentiel qui, combiné à l’accroissement de la prolificité, permettrait d’atteindre allègrement les 100 kg de poids de portée à 21 jours, voire 120 kg à 28 jours, s’il n’était pas limité par la capacité de production laitière de la truie.

Des essais d’alimentation liquide sous la mère réalisés par Denkavit en conditions expérimentales et de terrain démontrent des gains de poids de 400 à 600 grammes par porcelet pour un sevrage à 28 jours. « Cet écart s’explique non seulement par l’apport de nutriments via un lacto-remplaceur, mais aussi par une meilleure consommation d’aliment préstarter », explique Anaïs Augé. L’avance des porcelets ayant reçu du lacto-remplaceur se creuse après le sevrage. Denkavit a mesuré un écart de près de 2 kg en leur faveur après 35 jours. « Ces porcelets ne connaissent pas de décrochage de consommation après le sevrage, préjudiciable à la croissance et facteur de risque de diarrhées ».

Julien Fily et Anaïs Augé, responsable commercial et chef produits porc Denkavit France. "L'écart de poids s’explique non seulement par l’apport de nutriments via un lacTo-remplaceur, mais aussi par une meilleure consommation d’aliment prestarter."
Julien Fily et Anaïs Augé, responsable commercial et chef produits porc Denkavit France. "L'écart de poids s’explique non seulement par l’apport de nutriments via un lacTo-remplaceur, mais aussi par une meilleure consommation d’aliment prestarter." - © D. Poilvet

Baisse du taux de perte sous la mère

À cet avantage en poids s’ajoute un avantage surnuméraire, grâce à une baisse du taux de pertes sous la mère. « Sur ce critère, l’effet d’un apport de lait reconstitué est supérieur pour les portées de plus de 13 porcelets et pour celles de truies plus âgées », affirme Anaïs Augé. Avec des pertes qui peuvent diminuer de 2 à 4 points, le gain technique peut atteindre jusqu’à 0,5 porcelet de plus par portée. De quoi amortir rapidement les coûts liés à l’apport de lacto-remplaceur. Car hormis la solution manuelle gourmande en main-d’œuvre, la mise en œuvre d’une alimentation liquide pour les porcelets en maternité nécessite du matériel fiable et facile d’utilisation. Le niveau d’investissement peut varier de 80 à 200 euros la place de maternité, selon le degré de sophistication du matériel et le nombre de cases à équiper. Si l’éleveur utilise une machine à lait uniquement pour distribuer du lacto-remplaceur, un système de « tasses à lait » couplé à un automate de préparation basique est suffisant (page xx). Pour ceux qui souhaitent en plus distribuer du préstarter, voire de l’aliment premier âge sous forme liquide, plusieurs équipementiers du nord de l’Europe proposent de vraies mini-machines à soupe adaptées aux particularités de ces produits (page xx). Le principe général est de mettre l’aliment liquide à disposition permanente des porcelets dans des augettes adaptées, grâce à son recyclage en continu dans le circuit de distribution. Le lacto-remplaceur ou l’aliment est mélangé avec de l’eau chaude pour assurer à ces produits très gras une bonne dilution. La quantité de liquide contenue dans l’auge est gérée soit par des sondes, soit par des systèmes mécaniques de niveau constant. Les constructeurs intègrent généralement des process de nettoyage des circuits avec l’utilisation de produits acides et basiques pour empêcher les proliférations bactériennes. « L’hygiène des circuits et des augettes de distribution est essentielle pour la réussite d’une alimentation liquide pour les porcelets », met en garde Julien Fily, responsable commercial Denkavit France.

Dans un élevage allemand de 320 truies équipé de tasses à lait, Denkavit a chiffré les coûts fixes d’une machine à lait à 0,51 euro par porcelet (amortissement, intérêt, main-d’œuvre). Le coût variable comprenant le lacto-remplaceur et l’aliment préstarter distribués aux porcelets par la machine varie entre 1,37 et 2,33 euros par porcelet (il faut compter entre 200 et 400 grammes selon l’âge au sevrage). En tenant compte de la réduction de la mortalité et du gain de poids des animaux, jusqu’à l’abattage, l’entreprise néerlandaise a calculé un gain de 0,87 euro par porcelet. La comparaison avec la technique d’adoption des porcelets surnuméraires par des truies en double lactation est une autre manière de calculer l’intérêt de ces machines à lait. L’apport de lacto-remplaceur a pour avantage de supprimer ces doubles lactations, et donc d’augmenter le nombre de places de maternité disponibles. Par ailleurs, le statut immunitaire des porcelets est renforcé. En restant sous leur mère, ils consomment plus de colostrum, et leur stade physiologique est plus homogène au sevrage. À ces considérations techniques s’ajoutent les aspects bien être qui militent pour un allongement de l’âge au sevrage et pour moins de pertes d’animaux durant la phase d’élevage. Des arguments majeurs dans les pays du nord de l’Europe, où la pression sociétale est forte, et qui, combinés à l’intérêt technico-économique des machines à lait, expliquent leur succès.

- © Infographie Réussir

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Porc de juillet-août. RP, n° 250 p. 20 à 29.

Au sommaire :

p. 24 - La machine à lait valorise l'hyperprolificité - Gaec Schäberle en Allemagne

p. 26 - La Cavac adopte les coupelles à lait - Analyse des résultats techniques en maternité

p. 28 - Les tasses à lait ont fait leur preuve en Allemagne - Une étude dans un élevage de 1000 truies

p. 29 - 15,2 porcelats sevrés sous la mère avec les tasses à lait - A PLougar dans le Finistère

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