Réussir porc 13 avril 2015 à 08h00 | Par Dominique Poilvet

Le déclin des productions animales n'est pas une fatalité

La hausse du prix des végétaux fragilise une partie de la filière porcine française. Mais pour l'Ifip, l'avenir de la production sera surtout influencée par des décisions économiques et politiques.

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Pour l'Ifip, l'avenir de la production porcine n'est pas écrit à l'avance. 
Il est construit par les acteurs économiques et politiques.
Pour l'Ifip, l'avenir de la production porcine n'est pas écrit à l'avance. Il est construit par les acteurs économiques et politiques. - © D. Poilvet

Pour Michel Rieu, économiste à l'Ifip, la hausse des prix de l'aliment du bétail est avant tout un révélateur des faiblesses de certaines filières et un accélérateur d'évolution. « Elle met en évidence un manque de compétitivité technique d'une partie des élevages, pénalisés par un indice de consommation élevé, par un manque d'investissements, par une insuffisance de partenariats entre maillons de la filière et, au final, par une démotivation de certains éleveurs. » Michel Rieu souligne également qu'il a fallu plusieurs années pour que les prix de vente des porcs suivent l'augmentation des coûts de production. « Et la dégradation des trésoreries a été aggravée par la nécessité d'investir dans les mises aux normes bien-être. »
C'est pour ces raisons qu'il estime que la hausse du prix des végétaux n'est pas une cause fondamentale de changements, et que la « céréalisation » de la production agricole française n'est pas inéluctable. Pour lui, l'évolution de la production porcine sera surtout influencée par les contextes économiques et politiques mondiaux, européens et français. La structuration des filières aura aussi des conséquences importantes, de même que les relations entre la production et l'aval, et les souhaits des consommateurs. À partir de ce constat, l'Ifip a réalisé un travail de prospective avec des agro-économistes d'autres filières animales, dans lequel se dégagent quatre scénarios prospectifs à l'horizon 2025.

Michel Rieu, Ifip. « La hausse du prix des matières premières met en évidence un manque de compétitivité d'une partie des élevages français. »
Michel Rieu, Ifip. « La hausse du prix des matières premières met en évidence un manque de compétitivité d'une partie des élevages français. » - © D. Poilvet

1- Libéralisation des échanges : la concurrence du low cost


L'économie s'améliore dans le monde, mais pas en Europe. L'Union européenne se refuse à gérer les marchés. La concurrence s'impose. Dans ces conditions, la production porcine française chute de 15 %. Il ne reste plus que 5 000 exploitations qui assurent 95 % de la production. Le secteur de la charcuterie-salaison est affaibli par une concurrence de produits importés à bas prix d'Espagne, d'Allemagne, mais aussi des pays américains aux coûts de production plus bas.

2 - Farm Bill européen : les filières regagnent des marges

 

L'UE choisit de protéger son agriculture avec des outils inspirés par le modèle des États-Unis, en remplaçant les aides directes par des assurances sur le chiffre d'affaires ou sur les marges. Les relations de filières sont plus sereines, avec une production restructurée autour d'industriels qui regagnent des marges et modernisent leurs outils. La production baisse malgré tout de 10 %, soumise à la concurrence des pays tiers sur des produits bas de gamme. Elle se différencie par régions et par filières avec une contractualisation des ventes des porcs charcutiers.
3 Repli autarcique : la production est intégrée
Dans un marasme économique mondial généralisé, l'économie européenne s'effondre. La consommation recule et les attentes sociétales s'effacent. Les entreprises européennes sont rachetées à bas prix par de grands groupes. En France, 3 000 grandes fermes intégrées par des groupes internationaux produisant du low cost dans un marché de forte concurrence internationale. De petites fermes de polyculture-élevage subsistent avec de la vente directe. Dans ce contexte, la production française baisse de 10 %.


4 -  Réveil des productions animales : vers un développement durable


Dans un contexte économique européen favorable, les filières animales choisissent le développement durable, favorisé par un pacte sociétal et des prix des matières premières plus stables et moins élevés. L'origine locale et les produits respectant l'environnement sont valorisés.
Deux types d'exploitations se côtoient : des entrepreneurs très professionnels avec de grands outils d'un côté, et des exploitations diversifiées de l'autre. La moindre rentabilité des cultures incite les céréaliers à investir dans les productions animales. Cette voie durable permet de consolider la production à 24-25 millions de porcs, partagée entre des produits « standards de qualité » et des segments de qualité supérieure. Les filières se structurent, avec la présence de deux groupes leaders modernes et bien structurés. Les salaisonniers sont confortés par des produits nationaux et régionaux.

Repères

Mieux adapter l'offre à la demande permettrait de réduire le déficit
du commerce extérieur et valoriserait les carcasses produites en France.
Pour cela, l'Ifip a recensé plusieurs solutions, essentiellement centrées sur le secteur
de l'abattage-découpe : conditionnement unique, réduction de la diversité
des présentations des pièces de découpe, valorisation des coches dès l'abattage, contractualisation avec la charcuterie-salaison. La production est également concernée, avec la mise en place de filières spécifiques comme la production de porcs plus gras.

Le temps de travail par truie a encore baissé en France. Selon une étude de la Chambre d'agriculture de Bretagne, il faut compter aujourd'hui 18 h 12 mn de travail par truie et par an en moyenne, avec cependant une variabilité importante (plus ou moins 4 h 47 mn). Le temps de travail en 2003 était de 20 h 37 mn par truie et par an. Les gros élevages sont en moyenne plus efficaces (15 h 20 mn), grâce notamment à une automatisation plus poussée, des bâtiments plus fonctionnels et de la main-d'oeuvre spécialisée.

 

Voir aussi article L'avenir de la production se dessine aux JRP.

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