Réussir porc 28 novembre 2013 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« Le dossier des mâles entiers doit être traité collectivement » estime Philippe Bizien, président du CRP Bretagne

Tout en réfutant l’idée de s’opposer à cette production, le président du CRP juge avant tout nécessaire d’avancer collectivement sur la détection des odeurs et sur tous les aspects qualitatifs des carcasses.

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Philippe Bizien. « Ce dossier ne doit pas être instrumentalisé pour diviser. »
Philippe Bizien. « Ce dossier ne doit pas être instrumentalisé pour diviser. » - © C. Gérard

. Quelle est à ce jour la position du CRP Bretagne sur la production de mâles entiers ?


Tout d’abord, rappelons qu’il s’agit là d’un sujet très sensible qui, s’il est mal géré, peut avoir de lourdes conséquences sur la filière toute entière, le risque étant une baisse d’achat de produits du porc en lien avec la qualité des produits. Or, des scientifiques et de nombreux acteurs de la filière ont des interrogations sur l’efficacité de la méthode de détection des carcasses malodorantes par la technique des « nez humains ». Par ailleurs, il faut que le marché soit demandeur. Et si l’on s’en tient aux récentes déclarations de Jean-Paul Bigard à la dernière assemblée de leur syndicat (Sniv-SNCP), les abatteurs sont très majoritairement réservés sur la valorisation de ces carcasses et refusent donc aujourd’hui d’en acheter.


. Quels sont les résultats de l’étude que vous avez conduite avec l’Ifip ?


À ce stade, nous voulons mettre en commun les résultats de cette étude conduite par l’Arip avec ceux obtenus par les industriels de l’abattage. Ensuite, nous déciderons de l’opportunité d’aller plus loin collectivement. Mais ce dossier ne se résume pas qu’à la seule détection des carcasses mal odorantes, la valorisation de toutes les carcasses de mâles entiers est un enjeu majeur.


. Quand vous parlez d’industriels de l’abattage, vous voulez dire Cooperl ?


Non, d’autres opérateurs ont mené des études sur ce sujet. Je réitère ma réponse sur l’importance d’échanger comme cela a été décidé dans nos instances collectives en 2012. Même si la qualité des études ne s’apprécie pas uniquement sur le nombre d’animaux engagés mais aussi et surtout sur la rigueur des protocoles, nous regrettons que les industriels de l’abattage aient refusé l’année passée de réaliser l’étude Arip avec une production plus importante de mâles entiers !

Philippe Bizien : “ Il faut que 
le marché 
soit demandeur ”
Philippe Bizien : “ Il faut que le marché soit demandeur ” - © Terra

. Cooperl accepterait de participer à cette mise en commun ?


C’est une évidence : ce dossier doit être traité avec le souci de l’intérêt général, avec le calme et la hauteur de vue qui s’imposent. Pour nous, ce dossier ne doit pas être instrumentalisé pour diviser et désorienter les éleveurs. L’absence de règles communes pourrait être lourde de conséquences.


.  Lesquelles ?


La remise en cause des institutions collectives, le CRP, l’UGPVB, mais aussi le MPB et Uniporc Ouest ! Le CRP pourrait missionner Uniporc Ouest pour travailler à la définition d’une méthode fiable et validée pour la détection des odeurs. C’est Uniporc Ouest qui devrait noter les carcasses dans les abattoirs s’approvisionnant en mâles entiers. Sinon, c’est toute la question du système unique de paiement qui serait remise en cause.


. Avec la méthode des nez humains ? Et à quelle échéance ?


À ce stade, nous ne savons pas. La recherche pour des solutions automatiques est en cours. C’est l’objectif du projet Drosme engagé en 2010 par l’Arip. Nous ne pouvons pas donner de calendrier précis.


. Si la filière ne s’y lance pas, ne craignez-vous pas une distorsion de concurrence supplémentaire avec l’Allemagne ?


Nous devons prendre des décisions éclairées qui engageront l’avenir du bassin et l’intérêt des éleveurs sur le long terme. Sachons prendre en considération par exemple l’expérience des Danois sur ce dossier qui n’avancent, aujourd’hui, que dans le champ de la recherche.
Attention aussi à ne pas donner illusion sur les gains : un rapport récent aux Pays-Bas indiquait que l’offre de mâles entiers pèse sur le prix du porc, pour tous ! Sur les distorsions, là aussi attention aux analyses rapides ! Vouloir jouer sur les mêmes marchés que les grands européens Vion et Tönnies, qui se sont engagés dans le mâle entier et qui tirent profit du dumping social et fiscal, est-ce la bonne stratégie ? Sans à priori, j’aimerais une analyse de la filière sur cette stratégie.

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