Réussir porc 06 février 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

Le regard de Pascal Fourchon sur 30 ans de production porcine bretonne

Vétérinaire spécialisé en porc au sein de Triskalia depuis près de 30 ans, et occupant depuis peu de nouvelles fonctions au sein du groupe, Pascal Fourchon nous livre son analyse sur les mutations de la filière bretonne qui ont marqué ces décennies.

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Pascal Fourchon : " Aujourd'hui, après des décennies marquées par le quantitatif, certains éleveurs sont davantage   en recherche de qualitatif."
Pascal Fourchon : " Aujourd'hui, après des décennies marquées par le quantitatif, certains éleveurs sont davantage en recherche de qualitatif." - © C. Gérard

« Depuis les années 80 jusqu’à ce jour, j’identifie cinq grandes périodes au cours desquelles les éleveurs bretons ont évolué dans des univers très contrastés.

Années 80 : les « techniciens »

À cette époque, la production porcine est « méritocratique ». Les éleveurs qui maîtrisent la technique réussissent, les autres disparaissent lors des crises, à l’époque triennales. Des bataillons de jeunes, bien formés, possédant un BTA, un BTS, relèvent le défi et s’engagent dans la production porcine, avec cet esprit breton pour qui le travail est une des vertus cardinales. Les réunions techniques font le plein, l’émulation entre les producteurs est formidable. C’est l’essor des groupes de progrès et la mise en place de la GTT et de la GTE.

Années fin 80 à 95 : les « entrepreneurs »

Dans les élevages, c’est « le grand bond en avant ». La maîtrise technico-économique combinée à la confiance des banques et au développement des automates de distribution d’aliment constitue le terreau d’un formidable développement des élevages bretons. Beaucoup doublent ou triplent leur élevage. La période a été marquée par un enrichissement rapide des éleveurs, un développement du salariat et, globalement, un développement économique de toute la filière porcine et de la région Bretagne. La France devient autosuffisante puis exportatrice. Cette dynamique s’est aussi accompagnée d’une dégradation du sanitaire, et d’une arrogance de certains éleveurs. L’image des éleveurs de porcs se dégrade tant auprès des autres agriculteurs que du grand public.

Années 1995 à 2006 : les « accusés »

Les éleveurs de porcs deviennent les boucs émissaires des pollutions agricoles, jugés responsables de la hausse des nitrates dans l’eau puis des algues vertes. Sur la défensive au début, ils adoptent ensuite une communication positive, avec des opérations telles que « Tous à la ferme » mise en place par l’UGPVB. C’est l’époque d’un coup de frein aux agrandissements en raison de « quotas environnementaux », et le début d’investissements conséquents dans la protection de l’environnement.

Années 2007 à 2015 : les « résistants »

C’est une terrible décennie, avec une montée en flèche du prix des matières premières non compensée par une hausse du prix du porc, donnant un léger avantage aux systèmes avec un lien au sol. La filière française prend conscience de sa perte de compétitivité par rapport aux voisins espagnols et allemands. C’est la fin de l’économie porcine en flux poussés. 2015 a été sans doute une des pires années, avec des retards d’enlèvements, un MPB sauvé in extremis. Les éleveurs et leurs outils « vieillissent », la fatigue physique et morale est patente.

Année 2016 à… : les « sociétaux »

La plupart des éleveurs recherchent davantage de qualitatif que de quantitatif, plus de valorisation par kilo que de kilos vendus. Ils souhaitent être plus en phase avec les attentes sociétales, se rapprochent des consommateurs, et revendiquent leur mission de « bien nourrir les hommes », en élevant bien leurs animaux et en respectant leur environnement. Les éleveurs vont vers les consommateurs, et les consommateurs vont vers les éleveurs. Le « client » aspire de plus en plus à acheter français, voire local, exige plus de « naturel », plus de bien-être des animaux. C’est l’essor du bio.

L’image des éleveurs s’est améliorée, malgré les attaques des associations anti élevage et anti viande.

Et l’avenir ?

La confiance renouée entre producteurs et consommateurs va-t-elle se confirmer ou, au contraire, se transformer en défiance sous l’impulsion des minorités anti élevages très actives et présentes sur les réseaux sociaux ?

Dans tous les cas, les pratiques et les bâtiments vont continuer d’évoluer dans la direction voulue par nos consommateurs.

Pour obtenir de meilleurs revenus, les éleveurs vont-ils s’engager dans des relations tripartites producteur-transformateur-distributeur ?

Le non-remplacement des générations se traduira-t-il par une baisse de production, l’arrivée de capitaux non familiaux dans les exploitations, l’intégration par la distribution, des investissements chinois ?

L’avenir est à écrire !

- © C. Gérard

Le Forum Triskalia, c’est lui !

Pascal Fourchon a exercé parallèlement trois fonctions au sein du service porc de Triskalia : vétérinaire conseil auprès d’éleveurs du Finistère, mais aussi coordinateur des équipes techniques et chargé de la communication pour la filière porc. C’est dans ce cadre qu’il a imaginé et a été le chef d’orchestre du premier forum technique en 1992, un événement inédit dans la profession, très technique, et faisant appel aux témoignages d’éleveurs et aux vidéos tournées en élevage. Un grand succès organisé et animé par Pascal, qui a rassemblé jusqu’à 350 personnes et a donné l’idée à d’autres organisations de faire de même…

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