Réussir porc 22 octobre 2013 à 08h00 | Par Propos recueillis par Jean-Christophe Detaille

« Le scénario baissier des céréales pourrait perdurer » estime Michel Portier d'Agritel

Dirigeant de la société d'analyse et de conseil sur les grandes cultures, Agritel, Michel Portier juge que les prix actuels des céréales pourraient rester bas.

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Michel portier : " Agritel est une entreprise spécialisée dans la gestion des risques des marchés pour les filières agricoles et agroalimentaires. "
Michel portier : " Agritel est une entreprise spécialisée dans la gestion des risques des marchés pour les filières agricoles et agroalimentaires. " - © Agritel

. Comment expliquer ces baisses de cours pour la récolte 2013 ?


Nous sortons de trois années de cours élevés, provoquant une sorte d'accoutumance, d'où la surprise que peut entraîner leur détente actuelle. Pour rappel, les bilans mondiaux étaient bien partis pour se détendre en 2012, mais la production de maïs américaine est passée de 350 millions de tonnes attendues à 275 millions de tonnes  effectivement récoltées, soit une chute équivalente à l'ensemble des volumes échangés annuellement dans le monde ! En Europe, une récolte médiocre et des exportations soutenues avaient épuisé les stocks de report de blé. C'était en 2012. Or, l'actuelle campagne se caractérise par des surfaces record et de bons rendements, d'où ce scénario baissier.


. Jusqu'où peut aller cette baisse des prix ?


Le potentiel de baisse est peut-être déjà intégré. En blé, la production est quasiment connue puisqu'il ne reste à moissonner qu'en Sibérie, dans le Nord des Etats-Unis et au Canada. C'est pourquoi nous tablons sur un maintien des prix actuels dans une fourchette de 180 à 200 euros/tonne. Et vu les faibles stocks de report, le risque d'effondrement des prix reste faible.


. Et qu'en sera-t-il du maïs ?


Les prochaines semaines apporteront des réponses. Un record de production est attendu aux Etats-Unis, autour de 349 millions de tonnes. L'Ukraine annonce plus de 25 millions de tonnes. Résultat : le marché pourrait bientôt être inondé de maïs, ce d'autant que l'Union européenne fera également mieux que l'an dernier ! Traditionnellement exportatrice, la France sera prise entre deux feux, avec, d'un côté d'abondantes disponibilités outre-Atlantique et, de l'autre, une forte concurrence du bassin de la Mer noire.


. Quels facteurs pourraient contrarier ce scénario ?


À vrai dire, nous en voyons peu. Les fondamentaux laissent peu de place au doute concernant le maïs. Il y a certes une certaine tension sur les prix liée à la sécheresse dans la corn belt américaine. Mais ce facteur pèsera davantage sur les cultures de soja, entrées dans leur phase de remplissage des gousses. C'est pourquoi le temps chaud et sec qui règne aux Etats-Unis focalise l'attention des marchés et suscite l'inquiétude des opérateurs. C'est ce que nous appelons le weather market. Les graines de colza évoluent aussi en hausse sur le marché à terme européen, tirées par ce soja américain.


. D'autres facteurs « exogènes » pourraient-ils apparaître et peser sur ces tendances ?


Le contexte mondial est évidemment important. Tous les yeux sont aujourd'hui tournés vers la Syrie. Car les événements peuvent avoir un impact à la hausse sur le prix du pétrole, avec un risque de propagation aux commodités agricoles. Rappelons que 40 % du maïs américain sert à produire de l'éthanol et que, en France, la fabrication de biodiesel mobilise deux tiers de l'huile de colza. S'ajoute l'impact de la parité euro/dollar, sachant qu'une baisse de l'euro de 1,35 à 1,25 dollar équivaut à une amélioration de 15 euros par tonne de blé français. Les marchés ne sont jamais à l'abri de facteurs géopolitiques !

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