Réussir porc 20 mai 2016 à 08h00 | Par Claudine Gérard

« Les fortes disponibilités de céréales vont encore peser sur les prix »

Andrée Defois est analyste de marché chez Tallage. Pour la spécialiste des marchés des matières premières agricoles, les rendements « records » et les stocks importants de blé, maïs et soja, expliquent les bas niveaux de prix qui vont durer encore des mois avant une remontée probable à partir de l'hiver.

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Andrée Defois : "Les rendements en céréales et soja ont été globalement très bons dans toutes les régions du monde l'année passée."
Andrée Defois : "Les rendements en céréales et soja ont été globalement très bons dans toutes les régions du monde l'année passée." - © Gabriel Omnès

Quelle est l'ampleur de la baisse des prix des matières premières utilisées en alimentation animale ?

En avril 2015, le prix du blé, « tout compris » était de 159 EUR/tonne départ Eure-et-Loir. En avril 2016, il est descendu à 133 EUR/t. Quant au tourteau de soja, rendu port de l'Ouest (Montoir), il est passé sur la même période de 403 EUR/t à 297 EUR/t

Comment expliquer cette évolution ?

Essentiellement par de très fortes disponibilités liées à des rendements globalement bons partout dans le monde, une consommation qui ne progresse pas dans les mêmes proportions, donc des stocks qui gonflent.

En blé, la campagne qui s'achève aura été très « lourde », avec une récolte record dans l'Union européenne de 150 millions de tonnes. Les récoltes ont aussi été très bonnes en Ukraine, en Russie et en Argentine qui a supprimé les taxes à l'export. Ces pays sont donc venus concurrencer l'UE sur les marchés mondiaux dans un contexte de demande, certes en légère hausse, mais dans des proportions insuffisantes pour maintenir les prix. À cela s'ajoutent d'importantes disponibilités mondiales en maïs, là aussi expliquées par de bonnes récoltes en Ukraine, en Amérique du Sud... qui tirent aussi les prix du blé vers le bas.

L'annonce des Chinois d'écouler leurs stocks historiques de maïs a aussi joué sur la baisse des prix des céréales ?

Pas encore. La Chine a en effet déclaré qu'elle allait essayer de réduire les énormes stocks de maïs dont elle dispose (la moitié des stocks mondiaux). Mais la qualité est très douteuse. Le gouvernement chinois a déclaré mettre un terme au soutien des prix payés aux producteurs : cela ne va pas encourager les paysans chinois à développer cette production, mais la baisse de production sera progressive. La question qui se pose donc est de savoir dans quelle mesure le déstockage interviendra et pourrait constituer un élément baissier sur le marché mondial, quel sera son impact sur les importations et les exportations chinoises... Il est en tout cas trop tôt pour le savoir et, en tout état de cause, ce n'est pas ce facteur qui explique la baisse des cours constatée aujourd'hui.

Quels sont les facteurs qui expliquent aussi la baisse du prix du soja ?

Les mêmes que pour les céréales : de très bonnes récoltes sur les deux dernières campagnes et une forte compétition entre le Brésil et les États-Unis, le tout tirant les prix vers le bas.

Peut-on alors espérer sur le long terme des céréales et du soja « bon marché » ?

Qu'entend-on par céréales pas chères ? Pour mémoire, le blé cotait 111 EUR/t en 2010 ! Ce que l'on peut dire aujourd'hui, c'est que la nouvelle récolte et les stocks et l'ancienne vont encore peser quelques temps sur les prix. En Europe, les prévisions de rendement sont bonnes. Toutefois, au regard des cotations sur les marchés à terme, on peut s'attendre à une légère remontée des prix des céréales en deuxième moitié de campagne, donc début 2017. La demande du Maghreb s'annonce très forte compte tenu de la très mauvaise récolte de blé du Maroc. Les stocks européens devraient diminuer en 2017 et les prix légèrement monter. Mais les disponibilités en maïs vont encore peser sur les cours du blé dont les stocks aux États-Unis sont énormes, les farmers ne souhaitant pas brader leur marchandise, restant « assis sur leurs stocks ».

Ce sont donc des perspectives plutôt rassurantes pour les éleveurs. Mais peut-on craindre comme par le passé le retour de spéculateurs qui bouleverserait ce scénario ?

Les fonds d'investissement ne se sont pas détournés des marchés agricoles, ils ont seulement réduit leurs positions. Par ailleurs, leur impact sur les prix agricoles est modéré, leur rôle étant essentiellement d'être un amplificateur des variations de prix. L'offre et la demande restent le coeur de la fixation des prix des céréales et du soja.

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Alain (46) | 25 mai 2016 à 10:03:11

Baisse du prix des matières premières envisageables, incidence sur les cours du bio?

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