Réussir porc 18 février 2008 à 16h36 | Par D.Poilvet

MAtières premières - Les céréales attirent les spéculateurs

Les analystes pointent du doigt l’instabilité importante des marchés des matières premières, liée en partie à l’arrivée de spéculateurs, et accentuée par des stocks au plus bas.

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Attirés par la volatilité des marchés, les spéculateurs investissent dans les
céréales afin d’en retirer des plus-values substantielles.
Attirés par la volatilité des marchés, les spéculateurs investissent dans les céréales afin d’en retirer des plus-values substantielles. - © dr

L’instabilité extrême des marchés des céréales marque autant les spécialistes que la hausse vertigineuse qu’ils ont connue depuis l’été dernier. « Les cours varient parfois de plus ou moins 15 euros par tonne et par jour, soit autant que l’amplitude de prix qu’on connaissait les années précédentes sur une année entière », soulignait Jean-Philippe Everling, directeur de la société Granit Négoce, filiale d’Epicentre, lors des journées Aftaa du 4 décembre dernier à Paris. Après avoir connu des sommets à près de 300 euros la tonne, le marché du blé a ensuite plongé vers les 220 euros la tonne en novembre, pour se reprendre et finir l’année 2007 aux alentours de 250 euros la tonne ! Le contexte mondial est certes tendu. La demande est très forte. Elle n’est pas couverte par la dernière récolte qui a pourtant battu des records.D’où une diminution des stocks qui n’ont jamais été aussi bas.

 

- © Reussir

 

Toutes céréales confondues, les stocks mondiaux se situeront à 242 millions de tonnes en juin 2008, alors qu’ils avaient culminé jusqu’à 445 millions de tonnes à la fin des années quatre-vingt-dix. « Ces faibles niveaux expliquent en partie la forte volatilité des marchés, souligne François Luguenot, analyste chez Louis Dreyfus SAS. Les stocks ont pour effet de tamponner des mauvaises récoltes. Sans stocks importants, les opérateurs ne disposent pas de filets de sécurité et réagissent à la moindre mauvaise nouvelle ». D’autant plus que de nouveaux intervenants qui ne connaissent rien à la culture des céréales font leur apparition dans les transactions. Il s’agit de financiers, attirés par la volatilité du marché des céréales, synonyme pour eux de profits juteux à court terme. Ce qui signifie que tous les marchés, pétroliers, financiers, immobiliers et donc agricoles se retrouvent étroitement imbriqués. Dernièrement, les analystes ont encore remarqué que la hausse des cours du pétrole incitait certains investisseurs à se positionner sur les marchés des grains, entraînant ainsi un net rebond des cours. Par ailleurs, ces financiers ne raisonnent pas leurs transactions sur les fondamentaux des marchés (stocks, niveaux des récoltes, des besoins…), mais sur des analyses mathématiques des courbes de prix pour tenter de cerner les évolutions à court terme. « Ces analyses sont réalisées par de plus en plus de monde, et prennent le pas sur l’analyse réelle des conditions de marché, d’où des évolutions de cotation totalement imprévisibles », ajoute Jean-Philippe Everling. « Cependant, si les prix sont trop déconnectés du marché, le retour de bâton risque d’être sévère pour ceux qui ont spéculé à la hausse, si l’offre redevient supérieure à la demande à la prochaine récolte », met-il en garde. Une prochaine récolte encore trop éloignée pour évaluer son volume, même si les semis sont logiquement à la hausse. « L’augmentation des prix entraîne une augmentation de la sole de céréales, accentuée en Europe par la mise à disposition des jachères.Mais la grande inconnue est la réactivité des agriculteurs des pays de l’Est. Ont-ils les moyens de développer leurs surfaces de céréales ? », s’interroge François Luguenot. Le marché risque d’être aussi influencé par la demande qui s’adapte aux évolutions de prix. « La consommation animale de blé tendre en Europe va baisser de 53 millions de tonnes en 2006-2007 à 49 millions de tonnes en 2007-2008, car d’autres matières premières remplacent les céréales », souligne Jean-Philippe Everling. Les tonnages de céréales dédiés au bioéthanol, 10 millions de tonnes en Europe en 2007, sont pour leur part encore insuffisants pour influencer les cours. «Mais tant que la demande mondiale sera importante, les prix resteront soumis à de fortes fluctuations ». Les acheteurs de matières premières, fabricants d’aliment en tête, devront donc modifier leurs habitudes. « Il ne suffit plus de suivre les fondamentaux des marchés, il faut désormais, composer avec les décisions des financiers pour qui les marchés agricoles apparaissent aujourd’hui comme des valeurs refuges », conclut-il.

 

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