Réussir porc 07 janvier 2016 à 08h00 | Par Claudine Gérard

Michel Rieu plaide pour un nouvel état d’esprit dans la filière

Analyse Ifip. Au cours de la journée organisée par l’Aftaa au Mansà l'automne 2015, le responsable du pôle économie de l’Ifip a posé un diagnostic sur les difficultés de la filière française. Le manque d’investissements de restructuration en amont est le principal handicap à surmonter aujourd’hui. Et un changement d’état d’esprit s’impose.

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Michel Rieu : « La filière porcine française est passée d’une stratégie de croissance jusqu’à la fin des années 90, à une stagnation. La filière n’a pas su s’adapter à cet arrêt de croissance."
Michel Rieu : « La filière porcine française est passée d’une stratégie de croissance jusqu’à la fin des années 90, à une stagnation. La filière n’a pas su s’adapter à cet arrêt de croissance." - © C. Gérard

« La restructuration de la filière porcine française n’a pas été suffisamment importante au cours des dernières années alors que dans d’autres bassins européens elle a été massive », avance le responsable du pôle économie de l’Ifip. Pour démontrer que la restructuration structurelle a été moins marquée en France qu’ailleurs, il calcule que, entre 2000 et 2014, la diminution du nombre d’élevages a été de 40 % en France, mais de 70 % au Danemark et 60 % en Allemagne (voir graphique). Dans ces pays, la concentration des ateliers s’est donc faite à un rythme beaucoup plus soutenu qu’en France. D’où des tailles d’élevage sans commune mesure. En 2010, dernière année pour laquelle on dispose de données fiables, les élevages de plus de 500 truies abritaient 78 % des truies au Danemark, 54 % au Pays-Bas et seulement 19 % en France.

- © Infographie Réussir

L’élevage français est disparate

Par ailleurs, la France qui était « la championne » de la productivité par truie en 2002 avec 24,5 porcelets sevrés par truie productive et par an, s’est fait rattraper dès 2004 par le Danemark, puis en 2006 par les Pays-Bas, et aujourd’hui par l’Allemagne. Et seul le « tiers supérieur » français atteint le niveau moyen des élevages néerlandais. « Probablement ces différences sont liées à des économies d’échelle », explique Michel Rieu. « Mais il s’agit aussi de problèmes de spécialisation et d’organisation du travail dans l’élevage."

Il ajoute qu’une particularité française est sa diversité, et toutes les moyennes qui peuvent être publiées cachent de grandes diversités, y compris en termes de situation financière. 30 % des éleveurs français ont un endettement supérieur à 100 % et 15 à 20 % sont en survie du point de vue de leur santé financière. "Car les faillites ne sont pas sanctionnées par les créanciers. »

Quant au secteur de l’abattage, l’analyse de Michel Rieu n’est guère plus flatteuse. Le secteur, selon lui, souffre d’un manque de compétitivité essentiellement lié à un manque d’automatisation et d’investissements en général. « Certes, il faudrait fermer des abattoirs, mais il faudrait surtout en construire de nouveaux ! Et pour cela, il faudrait trouver plusieurs centaines de millions d’euros… » Par ailleurs, il constate que nos industriels de la viande n’ont pas pu dégager les capacités pour aller chercher la valeur ajoutée. Tandis que les Espagnols l’ont fait. « Nous devons, structurellement, importer 20 % de nos jambons. Or nous en importons 40 %. Pourquoi ? Parce que les industriels espagnols ont bien identifié les besoins des salaisonniers qui réclament des pièces désossées, prêtes à être travaillées. » Il faut donc que nos industriels travaillent davantage à la connaissance des marchés, selon lui. « Car investir permet de gagner et gagner permet d’investir », lance-t-il en guise de conclusion de son analyse.

- © Infographie Réussir

La contractualisation ? Oui mais…

Face à la crise, la contractualisation peut être un choix « partagé », selon Michel Rieu. « Cet acte de nature commerciale entre des opérateurs économiques permet de protéger les éleveurs des fluctuations des marchés, d’organiser une offre diversifiée et cohérente face aux attentes… Mais la contractualisation ne peut pas tenir lieu de politique sectorielle. » L’économiste de l’Ifip recommande de se doter d’un projet de filière, avec un pacte entre tous les acteurs, les producteurs, les citoyens…, « autour d’une sorte de consensus sur l’avenir de la filière porcine française ».

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