Réussir porc 10 novembre 2015 à 08h00 | Par Claudine Gérard

MPB, se réformer ou disparaître

L’absence de cotation à Plérin pendant des semaines a engendré des désordres en cascade.

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En l'absence de cotation au MPB, chaque abattoir a fixé son propre prix.
En l'absence de cotation au MPB, chaque abattoir a fixé son propre prix. - © C. Gérard

En octobre, il y avait autant de cotations que d’abattoirs… Du jamais vu depuis 40 ans de cours de référence, avec une « dernière séance » tenue le 5 octobre et un prix de 1,30 €/kg, intenable pour les principaux acheteurs. Bigard, le premier, a pratiqué la chaise vide dès le 18 septembre, le lendemain du Space, suivi par Cooperl, puis Bernard et Abera… Ne restaient donc au marché que les deux enseignes, Leclerc, avec son abattoir Kermené, et Les Mousquetaires, avec JPA. S’en sont suivies des réunions « discrètes » pour trouver une issue qui passait par la redéfinition des règles de fonctionnement du MPB. Cooperl s’en est clairement expliqué dès le début de la crise : un seul tour de vente au lieu de deux, suppression de la barre de retrait et de l’affectation des invendus…

Mais pendant tout ce temps, l’absence de cotation unique a entraîné des conséquences en chaîne chez les producteurs et leurs organisations. Pour les éleveurs, l’inconnue sur le prix perçu a été immédiate. Ce dernier s’est globalement situé entre un prix d’acompte annoncé par Cooperl (1,22 €/kg) et celui de Kermené (1,27 €/kg), soit un écart a priori d’environ 5 c€/kg de carcasse. Mais l’autre conséquence majeure a concerné les retards d’enlèvement. Pour preuve, les données Uniporc Ouest qui affichent une moyenne de poids de carcasse de 94,5 kg mi-octobre. Les données d’abattage hebdomadaires confirment un recul de 5 000 porcs par semaine environ, soit, pour les 10 semaines depuis le début du conflit, environ 50 000 porcs en retard.

Autre effet colatéral de l’absence de prix unique, les groupements de producteurs ont dû mutualiser le prix qu’ils ont réussi à obtenir de la part des différents abattoirs pour que chacun de leurs adhérents perçoive le même prix (de base) quel que soit le débouché de ses cochons. Du jamais vu, et une situation qui peut expliquer que certains éleveurs soient tentés de changer de groupement, voire de s’en passer…

Philippe Bizien, président du CRP Bretagne, a réuni la presse lundi 19 octobre pour faire le point sur la situation de la filière et rendre compte de l’union des comités régionaux du Grand Ouest.
Philippe Bizien, président du CRP Bretagne, a réuni la presse lundi 19 octobre pour faire le point sur la situation de la filière et rendre compte de l’union des comités régionaux du Grand Ouest. - © C. Gérard

Consensus pour un retour à une cotation unique

Pour toutes ces raisons et au vu des conséquences immédiates d’un arrêt du MPB, quasiment tous les acteurs de la filière se prononcent pour la nécessité de revenir à une fixation du prix à Plérin. Les groupements bretons, tout d’abord, qui, par la voix de leur président Philippe Bizien, pointent le danger de « revenir aux pratiques infernales des années 70, avec un prix par éleveur ». « Le prix fixé au MPB et la transparence protègent les plus petits et les plus faibles. » Même position de la FNP. Son président Paul Auffray qui, au cours d’une conférence musclée au Mans le 20 octobre, affirmait que le MPB « a toute sa place » et que « même si l’évolution des satuts et du règlement intérieur se fait dans la douleur, le MPB reste une des rares places publiques qu’il faut sauver ». Tout au long de ce mois d’octobre, les différents protagonistes de la filière ont aussi exprimé leur souhait de voir aboutir les négociations. Les présidents des chambres d’agriculture de Bretagne « réaffirmaient leur attachement à une référence et à un système de cotation reflétant les différentes valorisations ». Tous donc, sauf Jean-Paul Bigard qui, en tant que président du Sniv-SNCP (aujourd’hui Culture viande), au cours de son assemblée générale, qualifiait le MPB de « surrané, inadapté… ». « Que d’erreurs de raisonnement et de repères économiques perdus dans cette tentative de blocage à 1,40 € du marché du porc breton ! Cette aventure ne pouvait se terminer que par un effondrement des prix… ».

Peu de chances donc pour qu’il revienne au cadran, ayant d’ailleurs boudé toutes les réunions de travail sur le changement de convention du MPB. Dans ces conditions, une cotation peut-elle être instaurée à Plérin sans Bigard ? Pas de souci, selon Philippe Bizien qui estime que « la fixation d’un prix de référence et l’application d’une convention entre vendeurs et acheteurs peut se faire sans un des acteurs »…

Un diagnostic non partagé

Au final, la tempête qui secoue le MPB depuis le début du mois d’août est le révélateur de la crise dans sa globalité. Certains, comme Philippe Bizien, accusent le ministre Stéphane Le Foll, d’avoir déclenché cette crise en « décrétant » un cours à 1,40 €/kg "sans en mesurer les conséquences et sans mettre en œuvre les mesures qui devaient accompagner ce cours », martèle-t-il, exigeant du ministre « qu’il se remette au travail, car s’il reste dans l’inaction, il restera le ministre de la désorganisation de la filière porcine française ». Voilà pour la responsabilité du politique. Mais d’autres observateurs portent une analyse plus globale sur la situation. Michel Rieu, responsable du pôle économique de l’Ifip s’en expliquait au Mans le 20 octobre (1) : « Cette crise conjoncturelle que nous vivons depuis 2014 est un supplément de souffrance venant s’ajouter à la crise structurelle. La filière était déjà malade. » Il en livre les raisons : "La structure des élevages, la diversité des résultats entre les extrêmes, le manque de compétitivité industrielle, les retards de modernisation… » Autant de handicaps laissant peu de perspectives et expliquant que, autre mal majeur de la filière, celle-ci « a été pilotée depuis des années par des leaders pessimistes, […] avec une vision à court terme et un manque d’ambition. Il faut un changement radical de culture et d’état d’esprit ». Et finissait par un conseil : « Avec une filière malade, pour être d’accord avec les remèdes, il faut partager les diagnostics. » Ce qui, à entendre les différents intervenants de la filière tout entière depuis des semaines, n’est pas encore gagné.

(1) Journée Aftaa filière porc

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