Réussir porc 23 mars 2016 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« Nous exigeons une concurrence saine et équitable »

Michel Bloc’h et Jacques Crolais, le président et le directeur de l’UGPVB (1), militent au sein du collectif contre le dumping fiscal agricole. Cette organisation vient de déposer une plainte contre l’État allemand pour fraude à la TVA.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
De gauche à droite, Michel Bloc’h et Jacques Crolais" :  Les distorsions avec les Allemands nous pénalisent de 13 euros par porc ".
De gauche à droite, Michel Bloc’h et Jacques Crolais" : Les distorsions avec les Allemands nous pénalisent de 13 euros par porc ". - © C. Gérard

Nous connaissions le Collectif contre le dumping social. Vous présentez aujourd’hui un autre collectif, quelle différence ?

Michel Bloc’h : Il en va du même état d’esprit, à savoir de s’organiser et mettre en œuvre des actions pour lutter contre le dumping qui met à mal nos productions françaises. Mais ce Collectif contre le dumping fiscal a été mis en place à l’initiative de l’UGPVB et Coop de France, membres fondateurs rejoints ensuite par le CRP Bretagne et la FNP. L’objectif est clair : mener des actions visant à obtenir de l’Union européenne des conditions de concurrence saines en matière fiscale, et tout particulièrement sur la TVA.

Vous visez précisément l’Allemagne. Pourquoi ?

Jacques Crolais : Le pays a mis en place un régime de TVA forfaitaire qui était censé être une exception et s’appliquer aux élevages en difficulté. Mais par de subtils montages juridiques, la quasi-totalité des éleveurs de porcs bénéficient aujourd’hui de ce régime et des avantages fiscaux qu’il procure.

M. B. : Les études réalisées par l’Ifip prouvent qu’au final, dans les trois principaux Länder qui bénéficient du système (1), le gain moyen est proche de deux euros par porc produit. Comment s’étonner dans ces conditions que le cheptel truies ait progressé de 31,5 % en Basse Saxe et 41 % en Rhénanie entre 2000 et 2014, alors que dans la même période la France n’a pas pu maintenir ses effectifs porcins ! Le calcul est simple : les producteurs de porcs allemands bénéficient chaque année d’un avantage de 50 millions d’euros par rapport à nous. Soit, en cinq ans, 250 millions de « delta » entre Allemands et Français.

Que comptez-vous faire et, si le problème date de plusieurs années, pourquoi agissez-vous maintenant ?

J. C. : Nous avons déposé une plainte contre l’Allemagne auprès de la Commission européenne le 15 décembre 2015 pour violation de directives communautaires sur la TVA. La Commission a accusé réception de la plainte le 8 janvier.

Le moment nous a paru particulièrement bien choisi compte tenu du calendrier. En effet, le dossier de la directive TVA fait partie des sujets pour lesquels la Commission européenne doit présenter des propositions au cours de l’année 2016. C’est donc maintenant qu’il faut nous faire entendre.

Ces démarches sont a priori complexes et l’issue lointaine et incertaine ?

M. B. : Nous en sommes conscients. Mais notre action vise avant tout à alerter nos politiques et faire en sorte que, enfin, ils s’emparent du dossier. Nous avons d’ailleurs demandé une audience auprès du Parlement et du Sénat, et avons sollicité un rendez-vous avec nos ministres de l’Agriculture et de l’Économie et avec des parlementaires européens.

Réagissant à votre plainte, Nikolaus Meyer-Landrut, ambassadeur d’Allemagne en France, a « déploré cette confrontation" et appelé à ce que les syndicats agricoles des deux pays s’entendent. Qu’en dites-vous ?

M. B. : Je ne vois pas ce que nous pourrions partager. Les Allemands ont doublé leur production porcine pendant que nous n’avons cessé de réduire la nôtre. Nous sommes envahis de marchandises allemandes. Ce n’est donc pas à nous, producteurs, de nous entendre avec eux, mais bien aux politiques d’agir !

N’est-on pas toujours à accuser nos voisins, espagnols ou allemands, et occulter ainsi les faiblesses de notre filière ?

M. B. : Il y a dix ans, quand le cycle du porc nous plaçait en année de crise, le bassin porcin breton parvenait à conserver ses parts de marché. Aujourd’hui ce n’est plus possible alors que toutes les données prouvent que, sortie élevage, nos coûts de production ne sont pas plus élevés que ceux de nos voisins. Car le problème est bien dans la distorsion de concurrence sociale et fiscale qui crée un handicap de 13 euros par porc pour le producteur français par apport à son homologue allemand !

D’où la demande de toute la profession pour un étiquetage et une préférence nationale. Où en est ce dossier ?

M. B. : Nous avons le sentiment d’avoir franchi un cap avec l’annonce de Stéphane Le Foll. Après avoir longtemps dit qu’il ne pouvait rien faire au regard de la réglementation européenne, il promet enfin un décret allant dans le sens d’un étiquetage de la mention d’origine. La difficulté est de rédiger un texte qui ne soit pas immédiatement retoqué par les instances européennes. Il faut remettre la ferme porcine debout, segmenter notre production et raconter une histoire au consommateur qui lui fasse préférer notre porc national. Sans étiquetage de la mention d’origine, je ne vois pas comment y parvenir ! Nous, responsables professionnels, menons un combat permanent pour aboutir sur ce dossier. Je voudrais à ce sujet rappeler aux éleveurs que leurs cotisations servent à défendre l’intérêt national au travers de toutes les actions que l’Union des groupements mène au quotidien.

Dans un registre plus régional, précisément, où en est le projet de plateforme commune de vente annoncé il y a quelques semaines ?

M. B. : Nous y travaillons. Je pense personnellement qu’une plateforme à cinq ne changera pas grand-chose. En revanche, si nous sommes huit ou neuf à nous unir pour une mise en marché commune, alors nous pourrons travailler en bonne intelligence avec les abatteurs, pas contre eux. Un rapport de force ne serait souhaitable pour personne.

 

(1) Union des Groupements de Producteurs de Viande de Bretagne

Contact : stopaudumpingfiscal@ugpvb.fr

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Porc se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui