Réussir porc 22 février 2016 à 08h00 | Par Claudine Gérard

Nutrinoë relativise l’intérêt de la FAF

Selon les calculs effectués sur une période de cinq ans par Nutrinoë, l’écart de prix entre l’aliment du commerce et l’aliment fabriqué à la ferme est variable selon la conjoncture des matières premières et pas toujours à l’avantage de la FAF. Les éleveurs achetant leur aliment en totalité ne sont pas a priori pénalisés par des coûts alimentaires plus élevés.

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Si l'on étudie la situation économique sur plusieurs années, les deux modèles FAF ou aliment complet ont une rentabilité assez voisine.
Si l'on étudie la situation économique sur plusieurs années, les deux modèles FAF ou aliment complet ont une rentabilité assez voisine. - © D. Poilvet

« Il ne s’agit pas d’opposer des modèles, mais de répondre objectivement à la question de la rentabilité de la fabrication d’aliment à la ferme par rapport à l’aliment complet », prévient Hervé Vasseur, président du Syndicat des entreprises de nutrition animale lors de la présentation à la presse de l’étude qui vient d’être achevée. Elle a consisté à calculer le coût d’aliments fabriqués à la ferme selon différents systèmes avec celui de l’aliment du commerce, dans un élevage type de 300 truies, et sur cinq années consécutives.

Elle révèle plusieurs points clés. Le premier est que, sous l’appellation « FAF », les options conduisent à des différences de compétitivité marquées par rapport à l’aliment du commerce. Ainsi, les systèmes à base de céréales sèches se révèlent quasiment toujours plus coûteux que les systèmes à base de maïs humide avec complémentaire, et ceci sur les cinq années étudiées (2009 à 2013). Dans le cas de fabrication à la ferme d’aliment pour porcs charcutiers, le prix moyen sur ces cinq années s’est établi respectivement à 267 €/t pour le système céréales sèche + complémentaire, contre 259 €/t avec le maïs humide et complémentaire.

Deuxième enseignement, la solution maïs ou céréales avec tourteaux coûte plus cher que la solution « complémentaire », avec un différentiel de 7 €/t par exemple pour des formules maïs distribuées aux porcs charcutiers et truies gestantes.

La comparaison FAF ou FAB est complexe

Quant au débat sur l’intérêt économique de l’aliment fabriqué à la ferme comparé à l’aliment du commerce (FAB), il faut aller dans le détail pour conclure et ne pas « tomber dans des raccourcis trop rapides ». Tout d’abord, il faut préciser de quel aliment du commerce on parle : l’aliment le plus vendu en Bretagne identifié par Nutrinoë et ses fabricants adhérents , ou bien un aliment « haute énergie » de 10 Mj comparable aux solutions « maïs ». Si l’on retient l’aliment le plus vendu par les entreprises d’alimentation animale, avec un prix moyen de 249 €/tonne sur les cinq années d’étude, la fabrication à la ferme aboutit à des formules plus chères de 5 à 18 €/tonne selon l’option choisie (type de céréales et complément azoté). En revanche, comparées à l’aliment haute énergie, les options maïs humide et complémentaire sont équivalentes. En tout cas en moyenne. Car ce que l’étude révèle, c’est que la situation varie considérablement, avec l’alternance d’années favorable à la FAF et d’autres à l’aliment complet. « Finalement, sur plusieurs années, les deux modèles FAF ou aliment complet ont une rentabilité assez voisine. Avec des systèmes à base de maïs humide, à l’exception de 2010, année très favorable à l’aliment complet, et 2013, plus favorable à la FAF, le différentiel de coût oscille entre - 6 euros par tonne en faveur de la FAF à + 15 euros par tonne en faveur de l’aliment du commerce », concluent Michel Morin et Hervé Vasseur qui expliquent que ces écarts dépendent de la variabilité des prix des matières premières mais aussi du lissage de la volatilité des cours par les fabricants d’aliment, par opposition aux éleveurs qui fabriquent. En tout état de cause, ils affirment qu’« il est difficile de faire reposer la compétitivité d’un élevage sur le fait qu’il fabrique ou non. Les éleveurs qui n’ont pas de terre ne sont pas forcément pénalisés. Notre position est plutôt d’éclairer les éleveurs qui se posent la question de l’intérêt de la FAF avec des réponses objectives ». Et ils tiennent à rappeler que, contrairement à des pratiques comptables fréquentes, il importe dans le calcul de la rentabilité de la FAF, de retenir comme prix des céréales le prix de marché, à savoir celui auquel le producteur aurait pu les vendre…

 

Comparaison des coûts alimentaires de 2009 à 2013 selon les systèmes.
Comparaison des coûts alimentaires de 2009 à 2013 selon les systèmes. - © Infographie Réussir

Sept systèmes alimentaires comparés

L’étude a été conduite par Nutrinoë avec le concours de spécialistes de Triskalia, Sanders et Inzo. Elle a porté sur la comparaison des coûts de deux types d’aliment du commerce et de cinq systèmes de fabrication à la ferme sur la base de maïs humide ou de céréales sèches, avec le recours à des complémentaires ou des tourteaux, pour alimenter les porcs charcutiers uniquement, ou l’ensemble porcs charcutiers et truies gestantes. Les calculs portent sur un élevage naisseur-engraisseur de 300 truies autosuffisant en céréales.

Le prix des céréales retenu a été le prix annuel net vendeur sur le marché (prix d’acompte + compléments de prix). Les coûts de fabrication composés de l’investissement, du fonctionnement et de la main-d’œuvre, ont été ceux publiés par les chambres d’agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire de 2014, sur la base de 40 élevages.

Les coûts alimentaires présentés dans l’étude sont les coûts de la totalité du système alimentaire pour produire un porc charcutier : 6 kg de premier âge, 36 kg de deuxième âge, 38 kg de truie gestante, 15 kg de truie allaitante, 118 kg d’aliment croissance et 118 kg d’aliment finition.

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