Réussir porc 30 janvier 2014 à 08h00 | Par Claudine Gérard

Observatoire des prix et des marges - La filière n'a pas pu répercuter la hausse des coûts de production

Ni les producteurs, ni les abatteurs et transformateurs n'ont pu répercuter, en 2012, la hausse des coûts des matières premières. La grande distribution a pour sa part augmenté ses marges sur la viande fraîche mais réduit celles de la charcuterie.

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En moyenne, pour 100 euros dépensés 
par le consommateur, 8 seulement reviennent au producteur (agriculture et pêche).
En moyenne, pour 100 euros dépensés par le consommateur, 8 seulement reviennent au producteur (agriculture et pêche). - © J.-C. Gutner

C'est un paradoxe : au premier  semestre 2013, l'augmentation du prix au détail de la longe de porc et des produits de charcuterie a augmenté plus que celle du coût « matière ». Pour autant, aucun des maillons de la filière n'a amélioré sa rentabilité, à l'exception de la grande distribution qui s'est un peu « refaite » sur la longe mais a baissé sa marge du rayon charcuterie.
La foule de données fournies par l'Observatoire des prix et des marges publiées le 4 décembre dernier ne fait que confirmer une situation très tendue de l'amont à l'aval.

De janvier à avril 2013, avec un coût alimentaire de 1,20 euro/kg de carcasse, le coût de production du porc s'est élevé à 1,69 euro pour un prix payé moyen de 1,57 euro. Soit un manque à gagner de 12 centimes par kilo, alors que pour l'année 2012, avec un coût alimentaire de 1,05 euro et un coût de revient de 1,54 euro, le prix payé de 1,61 laissait un maigre bénéfice pour les producteurs de 7 centimes en moyenne. La légère augmentation du prix de vente n'a pas compensé celle des coûts matière.

- © Infographie Réussir


Le secteur de l'abattage découpe a pour sa part évidemment subi une hausse du coût de la matière première traitée qui s'est établie à + 16 centimes en 2012, une hausse que le secteur a tout juste pu répercuter, sans progression du résultat qui reste encore négatif en 2012 de - 0,02 euro/kg de carcasse en moyenne. Situation aussi critique pour l'industrie de la charcuterie. Les 238 entreprises entrant dans l'étude de l'Observatoire ont réalisé un résultat courant de 1,16 % en 2012, contre 1,2 % en 2011 et 2,82 % en 2010.
Dans ce contexte de hausse des coûts matière, les GMS ont globalement eu des stratégies différentes selon le rayon.
Pour celui de la boucherie, les marges brutes ont été améliorées de 17 centimes en moyenne, avec toutefois au final une rentabilité négative pour ce secteur de magasin (- 1,2 % du CA), secteur gourmand en main-d'oeuvre. La tendance de 2012 se confirme au premier semestre 2013 avec une hausse de la marge brute des distributeurs de 6 % selon l'Observatoire. En revanche, le rayon charcuterie qui reste porteur de marges bien plus confortables (+ 7,3 % du CA) marque un léger recul par rapport à 2011. La FCD, Fédération du commerce et de la distribution a immédiatement réagi à l'annonce de ces données. « Les résultats de 2013 confirment les résultats de 2012, avec des marges très faibles, en moyenne de 1,5 % (tous produits de l'observatoire NDLR). Ainsi, sur un caddie de 50 euros pour un consommateur, seulement 75 centimes représentent les marges nettes des enseignes de la grande distribution », annonce la FCD. La grande distribution serait donc comme certains le disent, un « amortisseur » des hausses de coûts de production ?
La FNSEA tempère : « l'amortissement du coût de l'aliment se fait d'abord au maillon de l'élevage, au détriment du revenu des producteurs. La répercussion vers l'aval apparaît insuffisante pour un partage équitable de la valeur ajoutée entre les acteurs économiques.


- © Infographie Réussir

Le consommateur est le seul gagnant


Philippe Chalmin, président de l'Observatoire, juge pour sa part, que, pour 2012 et 2013, le consommateur est le grand gagnant. « En période de hausse des matières premières agricoles, les augmentations de prix ne sont pas répercutées sur les consommateurs, mais sont largement amorties par les industriels et la grande distribution. Le producteur, lui, est submergé par les hausses de coûts de production. On ne peut pas éternellement vivre sur le mythe du prix bas », prévient-il. D'une manière générale, il dénonce la part de la production agricole qui reste faible pour le porte-monnaie du consommateur puisque, en moyenne, pour 100 euros dépensés, huit seulement reviennent à l'agriculteur ou le pêcheur et onze à l'industrie agroalimentaire.

Les entreprises d'abattage-découpe et de transformation dans le rouge

 

Pour les 41 entreprises d'abattage découpe suivies par l'Observatoire, le résultat courant avant impôt reste scotché en 2010 et 2011 à 0,02 %, avec des charges essentiellement constituées par l'achat de la matière première (76 %), les frais de personnel (9 %) et autres charges (12 %). D'où un résultat courant avant impôt très faible et en baisse. Les entreprises d'abattage qui ajoutent à leur activité une première transformation ne sont pas mieux loties. L'échantillon de dix entreprises d'abattage découpe et de première transformation spécialisées en viande de porc
suivi par FranceAgrimer a dégagé en 2012 un résultat courant de - 0,02 % du kilo de carcasse, identique à celui de 2011.
Ce résultat montre que le secteur n'a pas pu répercuter l'augmentation des coûts, en particulier celle de la matière première qui a grimpé de 24 centimes en 2011 et 16 centimes en 2012, pas plus que les autres charges.
Bien entendu, ces moyennes cachent d'importantes disparités entre les outils, avec, on le sait certains dont les pertes importantes n'ont pas permis le maintien de l'activité en 2013.

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