Réussir porc 24 juin 2013 à 10h22 | Par Christine Roguet, Ifip et Claudine Gérard

Production porcine et qualité de l'eau - La croissance allemande se heurte à l'environnement

Dans les länder allemands à forte densité animale, la teneur en nitrates des eaux augmente. Bruxelles exige que l'Allemagne durcisse fortement sa réglementation en matière d'engrais organiques.

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La gestion du lisier et son transport vers des zones de plus en plus lointaines génèrent des coûts de 5 à 7 euros par porc produit.
La gestion du lisier et son transport vers des zones de plus en plus lointaines génèrent des coûts de 5 à 7 euros par porc produit. - © Franky De Letter

C'est ssentiellement la dégradation de la qualité des eaux dans le nord-ouest de l'Allemagne, là où l'élevage s'est fortement développé ces dernières années, qui justifie les menaces de Bruxelles. Au début des années 90, près des deux tiers des stations de surveillance des eaux souterraines avaient des teneurs en nitrates supérieures au seuil réglementaire de 50 mg/l. La situation s'est ensuite améliorée, et, en 2010, moins de la moitié des stations de surveillance dépassaient la norme. Mais entre 2006 et 2010, la teneur en nitrate est repartie à la hausse dans 40 % des points de mesure (voir graphique). En cause : l'augmentation du cheptel, le développement du biogaz et les importations de lisier des Pays-Bas.
Entre 2000 et 2012, le cheptel porcin a augmenté de 10 % en Allemagne, et 17 % dans le nord-ouest du pays. Les länder de Basse-Saxe et de Rhénanie du Nord-Westphalie ont développé l'engraissement (+ 35 % de places en 12 ans). Les densités dépassent 1 000 porcs/km2 dans certains cantons comme Vechta avec 1 7 p/m2, Coesfeld avec 1 250 p/km2 ou Cloppenbourg avec 1  330 p/km2 (contre 460 p/km2 en Bretagne). Par ailleurs, le développement du biogaz, avec plus de 6 000 nouvelles installations entre 2000 et 2012, a eu des effets en cascade : la production de digestat a augmenté de 2 à 84 millions de tonnes, renforçant les excédents de nitrates et favorisant la culture du maïs qui est, selon des experts, sur fertilisée à 70 %, conduisant à une accumulation d'azote organique dans le sol (+ 50 % en dix ans) et à sa minéralisation.

Si une bonne proportion de points de mesure ont vu la teneur en nitrates baisser, dans un quart des points cette teneur a fortement augmenté. * d'après le rapport Nitrates 2012 des ministères allemands de l'Environnement et de l'Agriculture
Si une bonne proportion de points de mesure ont vu la teneur en nitrates baisser, dans un quart des points cette teneur a fortement augmenté. * d'après le rapport Nitrates 2012 des ministères allemands de l'Environnement et de l'Agriculture - © Source : IFIP*

Des coûts de gestion élevés pour les éleveurs


Enfin, l'Allemagne reçoit des quantités considérables de déjections en provenance des Pays-Bas : 1,7 million de tonnes en 2012 (+ 13 % en un an), dont 641 000 t de fumier de cheval, 343 000 t de fientes de volaille, 341 000 t de lisier de porc (+ 67 % en 1 an) et 362 000 t de fumiers mixtes (+ 90 % en 1 an). Les quantités d'azote et de phosphore ainsi importées des Pays-Bas par l'Allemagne atteignent respectivement 21 300 et 15 700 tonnes. Leur épandage nécessite 125 000 ha, soit 5 % de la SAU de la Basse Saxe.
Dans ce contexte, les régions à fortes densités animales du nord-ouest du pays doivent exporter des quantités croissantes d'azote et de phosphore organique, sur des distances de plus en plus longues compte tenu du développement de la production laitière et du biogaz dans les zones qui, jusqu'à ces dernières années, recevaient les déjections voisines. Par exemple, la distance moyenne de transport du lisier par la bourse de Vechta, par exemple, est passée de 40-50 km à 85-100 km et les coûts de gestion du lisier ont franchi le seuil des 10 EUR/m3 dans de nombreuses régions. Aujourd'hui les experts estiment l'impact à 5 à 7 EUR par porc produit pour un engraisseur. De plus, si, comme le prévoit le nouveau programme au titre de la directive nitrate, les digestats de méthanisation sont considérés comme des engrais organiques et soumis au plafond de 170 kg d'azote par hectare, la situation va devenir encore plus critique et les coûts vont encore grimper.
À ces frais de gestion des lisier s'ajoutent ceux du lavage d'air qui est rendu obligatoire dans certaines régions à forte densité porcine pour les élevages de plus de 2 000 places d'engraissement ou 750 truies, et est amené à se généraliser. Entre 2000 et 2011 le nombre d'installations de lavage d'air est déjà passé de moins de 50 à plus de 1 000 et le coût est estimé entre 4 et 7 euros par porc produit, voire plus selon la consommation électrique et la gestion des eaux usées pour lesquelles les autorités locales exigent aujourd'hui des surfaces d'épandage sur la base de 0,4 m3/place et 4 kg N/m3 pour tout nouveau projet.


Le développement de la méthanisation a propulsé la production de digestats à 84 millions de tonnes, et encouragé la culture de maïs « surfertilisé ».
Le développement de la méthanisation a propulsé la production de digestats à 84 millions de tonnes, et encouragé la culture de maïs « surfertilisé ». - © C. Gérard

Des objectifs ambitieux qui ne sont pas atteints...


En 2002, le gouvernement fédéral allemand s'était donné des objectifs de développement durable ambitieux qu'il n'atteindra probablement pas.
Ceux-ci prévoyaient pour 2010 un excédent azoté sous les 80 kg N/ha et des émissions d'ammoniac dans l'air sous les 550 kT. Pour 2015, l'objectif est d'atteindre le bon état écologique des eaux, et pour 2019, faire de 19 % des surfaces du pays des zones « à haute valeur écologique ». La Commission européenne menace de ne pas prolonger la dérogation à 230 kgN/ha dont bénéficie l'Allemagne pour les élevages bovins à l'herbe si le gouvernement ne durcit pas sérieusement son nouveau programme d'action.
Aujourd'hui, les éleveurs sont encouragés à activer plusieurs leviers pour remédier à la situation, via l'alimentation par le recours au multiphase et à des formulations adaptées, par la fertilisation « raisonnée » et en utilisant prioritairement les engrais organiques, et par la séparation de phase avec exportation de la partie solide du lisier. Ces mesures ne régleront pas à elles seules le problème. Et des essais sont aujourd'hui en cours pour transporter par péniches des grandes quantités de lisier vers les régions à faible densité d'élevage. Mais le coût reste très élevé, de l'ordre de 15 EUR/m3 pour le seul transport en bateau, et des problèmes techniques doivent être résolus, en particulier pour éviter la décantation du lisier dans le réservoir de la péniche, et trouver les solutions logistiques pour le décharger rapidement.

- © Source : H. Bäurle 2011 (ISPA) Université de Vecht


Opposition sociétale et montée des Verts

Pour toutes les raisons évoqués dans cet article, et dans le contexte d'une opposition sociétale croissante et de l'arrivée au pouvoir des Verts (Die Grünen) en Basse-Saxe après la Rhénanie du Nord-Westphalie et le Schleswig-Holstein, on peut légitimement s'attendre à un coup de frein de la croissance du cheptel porcin dans le nord ouest du pays.

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