Réussir porc 31 mai 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« Redonnons l’envie d’entreprendre » propose Christiane Lambert

La nouvelle présidente de la FNSEA entend redonner à l’agriculture française sa compétitivité en allant chercher la valeur au travers de contrats et de segmentation des produits. Elle prône aussi un système de gestion de la volatilité des prix.

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Christiane Lambert gère avec son mari Thierry Lambert un élevage naisseur-engraisseur de 200 truies à Bouillé-Ménard, dans le Maine-et-Loire.
Christiane Lambert gère avec son mari Thierry Lambert un élevage naisseur-engraisseur de 200 truies à Bouillé-Ménard, dans le Maine-et-Loire. - © C. Gérard

Quelle est votre priorité dans vos nouvelles fonctions pour les agriculteurs et plus particulièrement pour les éleveurs ?

Christiane Lambert - Clairement, remettre la production agricole en position de compétitivité. Nos productions dévissent sur la plupart des marchés. Les revenus des agriculteurs sont tendanciellement à la baisse, nous souffrons de manque d’outils pour faire face à l’extrême volatilité des prix.

Nous devons sortir du dogme des prix bas et retrouver de la valeur. Compétitivité ne signifie pas « prix bas », mais recherche de valeur à partager pour plus de revenu.

Concrètement, que faire ?

C. L. - Le consommateur doit comprendre ce que vivent les agriculteurs et j’ai bon espoir que les garanties de qualité sanitaire et d’origine soient reconnues et payées au juste prix, car « plus vert, c’est plus cher ».

Par ailleurs, il va falloir réformer la LMDE qui a exacerbé la lutte fratricide des enseignes de la grande distribution qui tirent toujours les prix vers le bas. Les relations entre producteurs, industriels et distributeurs doivent s’orienter vers davantage de partenariats plutôt que rester sur des affrontements. Je pense que les éleveurs peuvent trouver un intérêt à signer avec leurs partenaires des contrats intelligents, à condition qu’ils aient la main pour co-rédiger les cahiers des charges et répondre aux nouveaux modes de consommation.

Cela signifie encore plus de cahiers des charges et de produits différenciés ?

C. L. - Oui, nous assistons de toute évidence à une modification des modes de consommation. Le consommateur est en quête de produits de plus en plus différenciés. Et nous sommes capables de répondre à ces demandes. Regardez la richesse du rayon jambon de nos grandes surfaces ! Il prouve à quel point nous savons produire de façon diversifiée. Ce qui me fait dire que notre agriculture n’est plus productiviste, mais pointilliste ! Nous avons l’obligation de bâtir un pacte économique mais aussi sociétal. Ce doit être du donnant- donnant.

Les bons cours que connaissent les producteurs de porcs sont-ils propices à de telles initiatives ?

C. L. - Dans ce contexte d’embellie des cours du porc amplement due à l’export vers la Chine, j’en appelle à la prudence. Nos exploitations doivent être gérées sur le moyen et le long terme car la prédiction des cours, c’est fini ! Nos vieux standards de raisonnement sont complètement chamboulés. C’est pourquoi je suggère la mise en place pour toutes les productions agricoles d’une épargne de précaution. Elle consisterait à « mettre de côté » un montant proportionnel au chiffre d’affaires en période de prix favorables, montant exonéré de charges sociales et fiscales, qui pourra être réinjecté et soumis à l’impôt en année difficile. Ce système permettrait en quelque sorte un lissage du revenu qui est indispensable pour gérer correctement son exploitation et s’inscrire dans un projet économique et une approche pluri annuelle. Une « gestion prudencielle » de l’exploitation en quelque sorte, qui doit redonner le goût et l’envie d’entreprendre. Le succès des aides PCAEA est l’illustration de cette formidable envie qu’ont nos producteurs, en particulier les éleveurs de porcs, de se mettre en « mode projet ».

Je veux aussi pouvoir redonner aux agriculteurs la confiance, confiance en eux, en leurs capacités à produire de la qualité, et à répondre aux attentes sociétales. Dans ce domaine, anticiper rapporte !

Des consommateurs citoyens qui, pourtant, ne ménagent pas leurs critiques et continuent de dénoncer des pratiques d’élevages !

C. L. - Il nous appartient d’expliquer davantage notre professionnalisme, de prendre la main de notre communication pour montrer tous les efforts que nous faisons par tous les moyens. La communication n’est plus accessoire. Elle est indispensable, en particulier auprès des décideurs que sont entre autres les députés qui, rappelons-le, n’ont pas hésité à voter une loi instituant la vidéo surveillance en abattoir sur la base de vidéo de « militants » anti élevage.

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