Réussir porc 15 juillet 2014 à 08h00 | Par Claudine Gérard

Trente États touchés par la DEP aux USA

Huit millions de porcelets morts. Voilà un an que le virus de la DEP est arrivé sur le sol des Etats-Unis. Depuis, le pays ne parvient à stopper la propagation de la maladie et cherche encore des stratégies de gestion efficaces des troupeaux infectés.

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L’application de chaux pendant le vide sanitaire 
des bâtiments est une des mesures prises 
pour tenter de se débarrasser du virus.
L’application de chaux pendant le vide sanitaire des bâtiments est une des mesures prises pour tenter de se débarrasser du virus. - © Perle Boyer

« C’est un peu comme le 11 septembre. Il y aura « l’avant » et « l’après » DEP rapporte un observateur. Depuis l’arrivée du virus dans l’Iowa en mai 2013, la carte des foyers de diarrhée épidémique porcine est remise à jour chaque semaine. Car de nouveaux foyers ne cessent d’apparaître, certes à un rythme un peu moins soutenu qu’il y a deux mois où plus de 350 nouveaux foyers étaient annoncés chaque semaine. Fin avril, la situation était dramatique : 30 États touchés, 5790 élevages, 491 nouveaux cas pour le seul mois d’avril, et environ 8 millions de porcelets morts.
La situation « fait trembler » toute la filière. Les éleveurs, leurs salariés, très psychologiquement atteints par la situation, mais aussi les vétérinaires confrontés à des situations inédites sans solutions satisfaisantes.
Perle Boyer, vétérinaire française actuellement travaillant à l’Université de Caroline du Nord, a témoigné en visio conférence au cours de la journée consacrée à la DEP à Ploufragan. Un témoignage terrible qui en dit long sur la détresse des praticiens face au virus.
Dans les cas avérés, ils conseillent de réaliser une « soupe anglaise » avec 30 intestins et fèces de porcelets, une centaine de litres d’eau, et un cocktail d’antibiotiques (néomycine et tylosine) « car les porcelets ne sont pas porteurs que du virus de la DEP ! ». Le tout, passé au broyeur (professionnel !), est envoyé au laboratoire pour un test PCR validant la présence du virus, puis administré au cheptel truie. Le nettoyage et la désinfection des bâtiments sont renforcés, avec le recours à la chaux vive et le séchage des salles. Mais le pire est l’euthanasie de tous les porcelets dès la naissance, et ceci pendant les trois semaines qui suivent. L’objectif est de vider les maternités et diminuer la quantité de virus circulant. L’élevage est fermé pendant douze semaines.
Ce protocole terriblement lourd et pénible à tous points de vue n’est pourtant pas suffisant puisque la vétérinaire témoigne d’environ 20 % d’échecs. Ils ont de multiples causes : des élevages de très grande taille, difficiles à désinfecter correctement, une main-d’œuvre découragée, mais aussi la propagation possible par aérosol, et le froid vif de cet hiver qui n’a pas permis une désinfection correcte des camions de transport des animaux.

- © Infographie Réussir

Pas de vaccin efficace


Ailleurs, d’autres protocoles sont testés avec un succès plus ou moins grand. Ainsi, dans certains États où la maladie s’est durablement installée (situation endémique) comme le Midwest, Perle Boyer témoigne que la filière a mis en place une « pyramide DEP positive », avec la contamination volontaire des cochettes, leur expédition vers un site de quarantaine avant leur introduction en maternité. Par ailleurs, des mesures spécifiques ont été mises en place pour le transport d’animaux entre différents États : accompagnement de certificats sanitaires garantissant que les porcs ne proviennent pas d’élevage positifs en DEP, voire en GET…
Des mesures de biosécurité avant tout, car les vétérinaires ne disposent pas de vaccin efficace. Il en existe un sur le marché, Harris Vaccine, fabriqué en Chine, mais qui ne suffit pas à protéger les cheptels non infectés… Autant dire d’aucune utilité sauf pour certains vétérinaires qui le conseillent en appui sur des troupeaux déjà infectés.

Perle Boyer, vétérinaire au collège de Médecine Vétérinaire 
à l’Université 
de Caroline du Nord 
a témoigné en visio conférence à l’Ispaia le 25 avril dernier.
Perle Boyer, vétérinaire au collège de Médecine Vétérinaire à l’Université de Caroline du Nord a témoigné en visio conférence à l’Ispaia le 25 avril dernier. - © DR

Un terrible constat d’échec


Après un an de lutte inefficace, la filière porcine américaine s’interroge sur son fonctionnement et son incapacité à gérer des situations de crise. Qu’en serait-il avec d’autres contaminants comme la fièvre aphteuse par exemple ? Perle Boyer, au regard de son expérience américaine, recommande avant toute chose une communication indispensable entre tous les maillons de la filière. Ce qui, visiblement, n’a pas été le cas aux Etats-Unis où beaucoup ont pensé que le malheur était seulement chez le voisin.

 

Voir aussi articles " DEP, le cauchemar américain ", " Au Canada, le plasma suspecté de propager le virus de la DEP dans les élevages porcins ",  et " En Amérique du Nord, de gros budgets alloués à la lutte contre la DEP ".

- © Infographie Réussir

Les autorités américaines ont mis un an pour s’impliquer

 

Ce n’est que le 18 avril 2014 que l’USDA, département de l’agriculture des Etats-Unis, a annoncé l’obligation de déclaration des nouveaux cas de DEP. Soit un an après l’apparition du premier cas, dans l’Iowa, le 16 mai 2013. L’USDA annonce que cette mesure pourrait contribuer à stopper la propagation du virus responsable de la mortalité de plus de huit millions de porcelets. L’USDA justifie cette tardive initiative par le fait que le virus ne pose pas de problème de santé publique.
Mais reconnaît à présent les dégâts occasionnés par la DEP sur toute la filière, des producteurs jusqu’aux consommateurs, qui voient les cours du porc flamber. En mai, il restait au département de l’agriculture à préciser quels seraient les moyens de contrôle
sur le terrain.

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