Réussir porc 14 octobre 2014 à 08h00 | Par Claudine Gérard

Trente-quatre millions de mâles entiers produits dans l’UE

Études Ifip. En moyenne, 27 % des 125 millions de mâles produits dans l’UE ne sont pas castrés. Mais cette moyenne masque des différences considérables entre pays pour des raisons diverses.

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Le pourcentage de mâles non castrés dans les élevages porcins de l'Union européenne varie considérablement entre les États.
Le pourcentage de mâles non castrés dans les élevages porcins de l'Union européenne varie considérablement entre les États. - © Claudine Gérard

Plus d’un mâle sur quatre n’est pas castré dans l’UE, soit 34 millions d’animaux. Le sujet de la production de porcs mâles entiers a fait l’objet d’une présentation au Space dans le cadre des matinales de l’Ifip. Jan Peter Van Ferneij, économiste, a fourni des données non-officielles, mais issues des différents contacts qu’il peut avoir en Europe.
Les pourcentages varient considérablement entre les États qui castrent toujours la totalité de leurs mâles : Italie, Pologne ; et ceux où la proportion de mâles entiers prédomine largement : Espagne, Royaume-Uni, Pays-Bas…

- © Infographie Réussir

Ramenée en volume, la production de mâles entiers est considérable en Espagne puisqu’elle atteint 15 millions de têtes. En l’absence de contrôles à l’abattoir, la question immédiatement posée est celle de l’acceptabilité de ces carcasses par les clients nationaux mais aussi internationaux, sachant l’importance des volumes exportés par le pays. La France, entre autres, importe quelque 330 000 tonnes d’Espagne, sans que le problème de carcasses odorantes n’ait jamais été posé clairement par nos industriels de la transformation. Certains observateurs argumentent sur le poids de carcasse, inférieur à celui qui est affiché par les autres bassins européens. Mais l’argument tombe assez vite si l’on écoute Jan Peter Van Ferneij. En effet, les 83 kg de carcasse « officiels » retenus pour la production espagnole englobent en fait le poids des petits porcelets abattus pour des marchés très particuliers. Sachant qu’ils représentent environ deux millions de têtes par an, en soustrayant ces carcasses des statistiques, le poids moyen d’abattage des porcs charcutiers espagnols serait plutôt de 86 kg. Donc plus proche des 90 à 94 kg des porcs de ses voisins du Nord de l’Europe.

- © Infographie Réussir

Les Pays-Bas, deuxième pays producteur de mâles entiers


Deuxième pays producteur de mâles entiers en volume, les Pays-Bas se sont inscrits dans cette démarche essentiellement sous l’impulsion du groupe Vion. Difficile aujourd’hui de faire la part de l’information et de la désinformation sur ce sujet. Vion annonce qu’il va poursuivre dans cette voie et que la détection des carcasses malodorantes sur la chaîne par des « nez humains » (human nose) est la meilleure garantie, mais certains observateurs mettent en doute la facilité d’écouler ces carcasses. En Allemagne, troisième producteur européen de mâles entiers, c’est aussi l’abattage qui a lancé le mouvement en 2009, Tönnies, suivi par son concurrent Westfleisch. Jan Peter Van Ferneij annonce que Tönnies entend poursuivre dans cette voie et augmenter la part des mâles entiers, à la demande des distributeurs allemands, très preneurs de ces solutions « bien-être ».
En France, on le sait, seule la Cooperl s’est à ce jour lancée dans la production. Si l’économiste de l’Ifip évalue à 1,5 million de porcs ainsi produits, le volume serait à priori supérieur si l’on se reporte aux données de Cooperl qui annonce plus de 70 % de porcs non-castrés, soit, pour six millions de mâles et femelles probablement plutôt deux millions de mâles entiers.
Dans ce contexte, et en ordre très dispersé, la déclaration européenne de Bruxelles proposant l’abandon de la castration chirurgicale sous conditions en 2018 paraît difficile. Si certains États sont, selon ces précédentes données, très engagés, d’autres ont encore beaucoup de chemin à faire. Et certains, comme l’Italie, ne pourront jamais entrer dans la démarche compte tenu de leur production très spécifique de porcs lourds. Des recherches sont encore indispensables pour généraliser l’arrêt de la castration, et des budgets sont dégagés à la fois dans les instituts publics de recherche, mais aussi très probablement dans les entreprises qui, sujet stratégique oblige, gardent leurs résultats secrets.

Cooperl lâche ses contraintes d’approvisionnement

Deux ans après le lancement officiel de la production de mâles entiers au Space,
le groupement lamballais assouplit les conditions requises en matière d’approvisionnement des éleveurs candidats. À présent, le cahier des charges autorise les producteurs à se fournir où bon leur semble en produits vétérinaires, génétique et aliment, à l’exception de l’aliment d’engraissement.
En contrepartie, ces adhérents qui auront donc d’autres fournisseurs
que Cooperl se verront prélever davantage sur chaque carcasse malodorante :
- 45 c/kg contre – 23 c/kg pour ceux qui restent fidèles à la totalité des appros.
« Il s’agit de les responsabiliser sur leurs choix et faire en sorte qu’ils assument cette prise de risque », justifie Yann Henri, directeur du groupement.

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