Réussir porc 15 septembre 2015 à 08h00 | Par Dominique Poilvet

Un nouvel élan pour le porc québécois

Après cinq années de décroissance qui ont entraîné une perte annuelle d’un million de porcs, les éleveurs de porcs québécois veulent relancer leur production grâce notamment à des relations apaisées avec leurs partenaires de la filière.

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Julien Santerre et sa salariée, Caroline Bonvouloir. 
Les éleveurs de porcs québécois ont bénéficié d'une année 2014 exceptionnelle et comptent sur une nouvelle dynamique de filière, principalement orientée vers l'export, pour relancer leur production.
Julien Santerre et sa salariée, Caroline Bonvouloir. Les éleveurs de porcs québécois ont bénéficié d'une année 2014 exceptionnelle et comptent sur une nouvelle dynamique de filière, principalement orientée vers l'export, pour relancer leur production. - © D. Poilvet

Après la période 2008-2013 durant laquelle la production porcine québécoise est passée de 7,8 à 6,8 millions de porcs par an, le moral des éleveurs de la « Belle Province » est à nouveau au beau fixe. Grâce bien sûr à l’exceptionnelle année 2014 qui a permis à beaucoup de renflouer leur trésorerie. À l’origine de l’explosion des cours nord américains, la diarrhée épidémique porcine (DEP), qui a décimé le cheptel US, a épargné les élevages québécois grâce à une mobilisation sanitaire sans précédent (voir page 56). Grâce aussi à des relations apaisées entre producteurs et abatteurs québécois. « Il existe désormais chez les partenaires de la filière une volonté partagée de parvenir à une entente gagnante pour tous et de préserver des liens d’affaire de qualité », explique David Boissonneault, le président des Éleveurs de porcs du Québec, l’association qui regroupe les éleveurs québécois.

Une nouvelle approche dont l’acte fondateur a été paradoxalement l’abandon en 2009 de l’encan, le marché au cadran québécois qui fixait chaque semaine le prix de vente des porcs charcutiers. « Les abatteurs préféraient importer du porc américain pour faire tourner leurs outils. L’encan ne servait plus à rien et mettait les éleveurs québécois en difficulté », explique Jean Larose, le directeur des Éleveurs de porcs du Québec. Une nouvelle convention de mise en marché a été signée la même année entre producteurs et abatteurs. Désormais, le prix de vente est aligné sur le marché américain. « L’objectif est que les producteurs québécois soient payés sur les mêmes bases de prix que leurs homologues américains, à qualité et poids de carcasse identiques. » En parallèle, la filière s’est entendue pour que chaque abattoir d’un quota d’approvisionnement pour assurer et optimiser leur activité. Un système de quotas jugé trop rigide par la profession, et qui a été modifié lors du dernier renouvellement de la convention de mise en marché qui a eu lieu cette année.

Coordination verticale contre intégration verticale

« Désormais, les éleveurs auront plus de souplesse dans le choix de l’abattoir avec lequel ils feront affaire », indique Jean Larose. Les partenariats entre les éleveurs et les abatteurs vont se traduire par la signature de contrats « sur une durée de 4-5 ans », permettant de mieux faire coïncider la production aux exigences des clients des abattoirs. « Pour le producteur, c’est aussi un moyen d’accéder à des prix de vente supérieurs à la référence américaine », au travers de plus value liées à des cahiers des charges spécifiques. Cette nouvelle organisation, que Jean Larose qualifie de « coordination verticale », s’adresse aux éleveurs indépendants qui produisent 40 % de la production québécoise. « Elle permet d’optimiser l’efficacité économique de la filière, tout comme l’intégration verticale. » Une intégration désormais majoritaire dans le pays, et qui se développe encore, notamment via les abatteurs. « Des groupes importants comme Olymel investissent dans des maternités collectives (voir page 58) pour sécuriser l’approvisionnement de leurs abattoirs en porcs de qualité. »

Améliorer la productivité des élevages

En parallèle à cette nouvelle organisation de la filière, la profession met l’accent sur la nécessité d’améliorer la productivité des élevages. « À performances égales, nous avons un différentiel de coût de production de 10 dollars canadiens (7 euros) par porc avec les Américains, à cause d’un prix d’aliment plus élevé », indique Jean Larose. « Cette différence doit être compensée par de meilleures performances techniques. » Pour cela, la filière s’est engagée dans un « plan stratégique » sur la période 2015-2025 afin de se moderniser et retrouver le chemin de la croissance. Un plan qu’elle chiffre à un milliard de dollars canadiens (700 millions d’euros), dont 525 millions de dollars (370 millions d’euros) rien que pour le secteur de l’élevage. Le principal objectif est le renouvellement des bâtiments, dont l’âge moyen est de plus de 17 ans. Pour justifier cette relance, la production utilise les arguments du bien être animal (les truies gestantes devront être en groupe en 2024), de l’environnement et de la qualité sanitaire des animaux. Trois axes de communication qui favorisent le dialogue avec la société et les responsables politiques, dans une province où les problèmes environnementaux avaient conduit à un moratoire de la production au début des années 2000.

Baisse des aides de l’État québécois

L’amélioration des coûts de production a aussi pour objectif de diminuer la dépendance des éleveurs à l’Asra (Assurance stabilisation des revenus agricole), un programme censé garantir un revenu annuel positif aux éleveurs, même si les cours sont inférieurs aux coûts de production. Les éleveurs financent un tiers de ce fond, et le gouvernement les deux tiers restants. « Depuis 2009, l’aide gouvernementale diminue, ce qui se traduit par un niveau de compensation moins élevé qu’auparavant", constate Jean Larose. « Le manque à gagner en année de crise n’est plus totalement couvert, ce qui a précipité l’arrêt de beaucoup d’élevages indépendants ces dernières années. » Malgré cela, la profession ne sollicite pas de financement public supplémentaire. « Nous voulons avant tout créer un environnement d’affaires stable. Le contexte de prix est favorable et la filière est prête à poursuivre son expansion autour d’un plan stratégique rassembleur », conclut David Boissonneault.

- © Infographie Réussir

La filière porcine, moteur économique du Québec

La production porcine québécoise est concentrée dans les zones à forte densité humaine, principalement autour de Montréal et de Québec. 1 900 éleveurs ont produit 6,8 millions de porcs en 2014, qui ont été abattus dans neuf outils industriels. Au total, l’industrie porcine fait travailler plus de 24 000 personnes au Québec. Selon les Éleveurs de porcs québécois, la contribution de la filière porcine au produit intérieur brut (PIB) est supérieure à celle de l’industrie du papier, du textile et des produits métalliques !

70 % de la production est exportée dans plus de 100 pays, pour une valeur de 1,4 milliard de dollars (1 milliard d’euros). Ce volume représente 8 % du commerce mondial, ce qui situe le Québec parmi les principaux exportateurs de porc.


- © Infographie Réussir

Association affiliée à l'Union des producteurs agricoles

Les Éleveurs de porcs du Québec sont une association agricole affiliée à l’Union des producteurs agricoles (UPA). Ils représentent les intérêts des éleveurs de porcs québécois. L’association gère aussi la convention de mise en marché des porcs, ainsi qu’un fonds abondé par des prélèvements sur les porcs abattus. Ce fonds assure la publicité et la promotion de la production porcine québécoise, la recherche et le développement, et des actions de valorisation de la profession.


L'atelier naisseur-engraisseur de Julien Santerre, éleveur  dans la filière Olymel, près de Montréal.
L'atelier naisseur-engraisseur de Julien Santerre, éleveur dans la filière Olymel, près de Montréal. - © D. Poilvet

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Porcs de septembre 2015. RP n°229, p. 52 à 61.

Au sommaire :

. p. 56 - " Toute la filière québécoise s'implique pour faire face à la DEP ".

Seulement 16 élevages atteints au Québec.

. p. 58 - Olymel investit dans 5 maternités collectives.

Restructuration de la production.

p. 60 - " Fier de mon métier d'éleveur de porc ".

Julien Santerre exploite un atelier de 270 truies.

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