Réussir porc 13 avril 2017 à 08h00 | Par Propos recueillis par Claudine Gérard

« Vers une hausse limitée du prix des aliments »

Pour Alexandre Boy, analyste des marchés d’Agritel,, qui intervenait à la conférence porcine d’Adisseo(1), les cours des céréales et des tourteaux pourraient progresser très légèrement jusqu’à la prochaine campagne. Le prix de l’aliment complet n’est donc pas, a priori, amené à augmenter de manière très significative.

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Aux Etats-Unis, le soja est plus rémunérateur que le maïs, ce qui rend difficile les prévisions de surface pour la production de maïs de la prochaine campagne.
Aux Etats-Unis, le soja est plus rémunérateur que le maïs, ce qui rend difficile les prévisions de surface pour la production de maïs de la prochaine campagne. - © USDA/Scott Bauer

La récolte de blé 2016 a été mauvaise. Cela ne risque-t-il pas de provoquer un manque de disponibilités, donc une hausse des prix ?

Oui, en effet, en Europe et surtout en France, tant au niveau de la quantité que de la qualité. La collecte française a reculé de 40 %, et les poids spécifiques se sont établis en moyenne à 73 kg/hl, contre 77 kg/hl sur les cinq dernières années. Les disponibilités sont donc faibles et, de plus, nous constatons des volumes corrects à l’export au niveau européen. Ce qui explique un cours relativement ferme jusqu’à la fin de la campagne, mais sans flambée majeure à venir. Car les stocks de blé sont très importants en particulier en Russie et en Australie. Pour la prochaine campagne, donc le deuxième semestre, les cours du blé dépendront beaucoup du maïs aux États-Unis.

Les fabricants d’aliment pourront toujours reporter une partie de leurs achats sur l’orge ?

Ils l’ont déjà fait, compte tenu de l’écart entre blé et orge qui est de 25 à 30 €/tonne. L’orge est la seule céréale pour laquelle nous observons des excès de stocks en France. En effet, la demande mondiale a chuté, en particulier celle de la Chine, en raison du durcissement des conditions d’importation instauré sur les céréales fourragères secondaires : orge, drêches de maïs et sorgho. La nouvelle campagne ne devrait pas bouleverser cette situation, car les surfaces sont encore importantes en France.

Que prévoyez-vous pour le maïs ?

Comme pour le blé, il y a peu de surprises à attendre. Les disponibilités sont faibles en Europe, mais la production mondiale record limitera la hausse des prix. La grande incertitude est celle de la situation aux États-Unis : quelles surfaces seront consacrées au maïs alors que le soja est bien plus rémunérateur pour les producteurs américains ? Quelles conditions climatiques jusqu’à la floraison ? Nous aurons une idée précise des semis fin mars et des rendements potentiels en juillet.

Alexandre Boy, analyste Agritel.
"Agritel est une société indépendante spécialisée en stratégies des marchés agricoles. Elle conseille tous les maillons de la filière sur la gestion de la volatilité des prix des matières premières agricoles."
Alexandre Boy, analyste Agritel. "Agritel est une société indépendante spécialisée en stratégies des marchés agricoles. Elle conseille tous les maillons de la filière sur la gestion de la volatilité des prix des matières premières agricoles." - © C. Gérard

Avec des records mondiaux de production de maïs, pourquoi les cours ne baissent-ils pas davantage ?

Parce que la demande mondiale augmente tendanciellement au même rythme que la production… et que les prix sont déjà proches des plus bas depuis dix ans à Chicago.

Qu’en sera-t-il concernant les tourteaux ?

Comme pour le maïs, la production mondiale ne cesse d’augmenter, en particulier aux États-Unis et au Brésil, deux des trois producteurs majeurs. Mais la demande progresse encore plus rapidement qu’en céréales avec une croissance des utilisations de l’ordre de + 4 % chaque année. Aujourd’hui, le risque est de voir monter le prix du soja s’il y a un problème climatique sur la nouvelle récolte aux États-Unis. Il faudra attendre septembre pour y voir plus clair sachant qu’en tout état de cause, la faible valeur de l’euro renchérit déjà le coût du soja importé.

Le colza, lui, se trouve dans un contexte particulier qui risque de le rendre moins compétitif. En effet, les cours des huiles se sont repliés. Les triturateurs ont donc dû refaire une partie de leur marge sur les tourteaux.

En revanche, on peut s’attendre à un intérêt croissant pour le tourteau de tournesol High Pro. De bonne qualité nutritionnelle, il sera largement disponible en Russie et en Ukraine, ce qui pourrait lui donner une place plus importante dans les formules d’aliment pour les mois à venir.

Globalement, cela présage d’une relative stabilité des prix d’aliment pour les mois à venir ?

La situation actuelle ne nous laisse pas entrevoir une flambée des cours des matières premières en raison des stocks mondiaux importants. Toute la question aujourd’hui est de savoir quelle sera la stratégie des producteurs américains en termes de choix de semis entre le maïs et le soja, et quelles seront les conditions climatiques de l’été pour le développement de ces cultures. Les intentions de semis seront communiquées par le ministère de l’agriculture américain, l’USDA, le 31 mars prochain. Et dès juillet nous aurons une bonne vision sur les rendements potentiels des cultures.

 

(1) le 30 janvier à Paris.

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