Réussir porc 07 avril 2005 à 15h57 | Par Claudine Gérard

Hygiène des bâtiments - Le nettoyage moyenne pression gagne les porcheries

Moins agressif pour le matériel et moins pénible pour l´utilisateur, le nettoyage « moyenne pression » fait son entrée dans les bâtiments porcins. Démonstration en Maine-et-Loire avec le groupe Arca.

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Après les industries agro-alimentaires, les poulaillers, le nettoyage des bâtiments à seulement 40 bars s´avère une possibilité intéressante pour les porcheries. Ses principaux atouts sont d´être moins agressif pour le matériel et moins pénible pour l´opérateur. Sous réserve d´être aussi efficace qu´un lavage à 100 ou 170 bars.
La démonstration en a été faite grâce à Jo Arondel, responsable de l´activité « Hygiène » du groupe Arca. Fin janvier, il invitait techniciens et vétérinaires à découvrir ce procédé au Gaec de la Roirie, à La Ferrière de Flée (Maine-et-Loire). L´entreprise Endea(1), spécialiste du nettoyage et de la désinfection en agro-alimentaire, est venue avec son unité mobile, effectuer le nettoyage de cases d´engraissement dans un local sur paille, puis dans une maternité sur caillebotis.
Le prélavage est réalisé à 45 bars, avec une buse brevetée Fitjet qui multiplie par 3 à 4 la force d´impact sur les surfaces. ©C. Gérard

Stéphane Guérineau, responsable de l´entreprise, a tout d´abord détaillé le protocole auquel il ne déroge pas depuis les huit années qu´il pratique ce type de nettoyage-désinfection : un indispensable détrempage sérieux suivi d´un prélavage soigné, puis de l´application d´un détergent mousse avant le rinçage et la désinfection. Le prélavage et le rinçage sont réalisés à 40 bars, avec 1,2 m3 d´eau par heure. La démonstration faite dans la porcherie nous montre que le prélavage en question est en réalité un lavage en profondeur. « Le prélavage permet d´éliminer les souillures organiques et les poussières pour assurer ensuite une efficacité optimale du détergent. Celui-ci est appliqué avec un générateur de mousse. Grâce à son fort pouvoir tensio actif, il pénètre en profondeur dans toutes les micro-fissures où se logent les contaminants invisibles. Nous ne dérogeons jamais à ce protocole qui nous conduit à pouvoir décontaminer des sites sans même utiliser un désinfectant lorsqu´on emploie un détergent bactéricide », insiste Stéphane Guérineau.

Ce protocole calé, il faut aussi posséder le bon matériel. L´entreprise a mis au point et breveté une buse spécifique, Fitjet. « Nous avions la méthode. Il nous restait à inventer les outils, ce que nous avons fait avec la buse Fitjet. Elle permet de multiplier par 3 à 4 la force d´impact, qui, à 40 bars, serait insuffisante, mais sans abîmer le matériel, et en limitant la quantité d´eau. »
Chez Endea, on affirme que ce procédé permet des performances de nettoyage optimales. « Lorsque nous intervenons sur des sites, nous commençons par établir un protocole de mise en oeuvre qui donne lieu à une fiche remplie par chaque intervenant, puis à la facturation. Des contrôles microbiologiques sont ensuite réalisés par les prescripteurs (groupements, intégrateurs). avec lesquels nous avons une obligation de résultat », affirme Stéphane Guérineau, qui insiste sur la qualité du pré-trempage dans l´efficacité de cette méthode de nettoyage.
C´est aussi la raison pour laquelle Jo Arondel avait invité les techniciens du laboratoire Ecolab, qui propose dans sa gamme porcs, un produit tensio actif, Inciprop Wet, à incorporer à l´eau de trempage à 0,1 %. « Ses agents mouillants optimisent le prélavage », argumente Gille Le Roux, responsable de secteur Ecolab. « Pour obtenir une bonne imprégnation, nous recommandons des séquences de trempage, par exemple 10 minutes, suivies de 30 minutes d´interruption, et cela pendant 4 à 5 heures. L´idéal est de disposer dans les salles des rampes fixes munies de buses tous les 4 à 6 m », conseille-t-il. Cette technique vise à optimiser la qualité du trempage sans excès de consommation d´eau. Dans le bâtiment servant à la démonstration, il aura fallu environ 300 litres d´eau pour le détrempage de 80 m2.
Si la technique est séduisante, comment la mettre en oeuvre ? Deux solutions : faire appel à une société spécialisée comme Endea, ou investir dans du matériel. La première solution reste plus coûteuse.
Stéphane Guérineau calcule que, pour un atelier de 210 truies conduisant en 7 bandes, sur caillebotis intégral, le coût de sa prestation à l´année, comprenant le nettoyage-désinfection de toutes les salles à chaque bande, produits compris, s´élèverait à environ 13 000 euros par an. Soit environ 63 euros par truie et par an. « Nos prestations sont plus chères en porcheries que dans d´autres sites comme les poulaillers, où nos équipes travaillent plusieurs jours sur un même chantier. La production porcine est en ce sens très particulière, avec des petites salles à nettoyer fréquemment. » Mais pour Jo Arondel, le lavage des porcheries par entreprise peut se justifier dans certains cas : « Dans un élevage de 150 truies, avec une seule personne, sans possibilité d´embaucher un salarié, il vaudra sans doute mieux avoir recours au prestataire de service pour laver, que de tout vouloir faire dans la précipitation. »
Reste la possibilité de s´équiper. Selon Endea, il en coûtera de 10 000 à 12 000 euros pour une installation comprenant la pompe, la centrale d´air comprimé, 100 m de tuyau, les buses (mousse, lavage jet plat et jet droit) et la lance. Auquel il faudra ajouter le système de moussage. Un investissement supérieur à une centrale haute pression, estimée par les techniciens d´Arca entre 7000 et 8000 euros (poste fixe pour un 150 truies), « et qui, compte tenu du coût, s´adressera aux élevages de 200 truies et plus », calcule Jo Arondel. Il estime que le surcoût de la moyenne pression peut être compensé en partie par une meilleure longévité des matériaux de porcherie, qui, moins abîmés par la pression, seront plus faciles à nettoyer et à désinfecter que des matériaux présentant beaucoup d´aspérités liées à leur érosion.
Restent des points à valider, comme les temps de travail, l´efficacité, les coûts. Ce sera l´objet de travaux menés par Isabelle Corrégé, qui assistait à cette démonstration et qui sera chargée de la mesure du résultat sur la flore totale et sur trois bandes consécutives dans la maternité de Jean-Philippe Menant. Par ailleurs, elle annonce que des tests seront réalisés à l´ITP sur les différents types d´application, les durées de pré-trempage, les agents tensio actifs, les temps de travaux, les coûts, et, pourquoi pas, l´usure des matériaux dans le temps, ce qui s´avère sans doute le plus difficile à mesurer.

(1) Endea, 85600 Saint-Georges de Montaigu - Tél. 02 51 42 01 20 - Fax 02 51 48 88 64.

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